Le Pr Rachid Belhadj tire la sonnette d’alarme sur le phénomène de la toxicomanie: « En 2022, j’ai pratiqué une dizaine d’autopsies sur des sujets jeunes, des deux sexes »

Ces dernières années, la consommation de drogues est un phénomène qui tend à se répandre fort dangereusement au sein de la société algérienne, notamment parmi les plus jeunes.
Dans le cadre d’un dossier spécial sur la toxicomanie, Esseha s’est rapproché du Pr Rachid Belhadj, chef de service de médecine légale au CHU Mustapha d’Alger qui a lancé un véritable cri d’alerte sur ce fléau qui menace à la fois « la santé de nos jeunes » mais aussi « la quiétude de nos concitoyens ».

Selon le spécialiste, « la consommation de drogues, notamment la cocaïne, « tchoutchna », Prégabaline, Lyrica et, parfois, l’association de plusieurs drogues » a entraîné « le décès d’un nombre élevé de sujets jeunes ». Rien que durant l’année 2022 et au sein de son service au CHU Mustapha d’Alger, le Pr Belhadj a pratiqué « une dizaine d’autopsies sur des sujets jeunes, des deux sexes ». Des chiffres dramatiques qui font froid dans le dos ! Aussi, il a profité de la tribune offerte par Esseha pour s’adresser « d’abord aux familles et aux parents pour leur dire de surveiller leurs enfants. La toxicomanie commence avec un comprimé de Prégabaline ou Lyrica. En cas de non surveillance, cela peut aller encore plus loin, jusqu’à la polytoxicomanie et, malheureusement, cela peut entraîner le décès par overdose ».

Pour le Pr Belhadj, la responsabilité envers ces jeunes en perdition est commune et seul un front partagé peut parvenir à l’endiguement de ce phénomène dangereux qui menace la stabilité de la société algérienne. Le spécialiste a également conseillé aux parents de « se rapprocher de leurs enfants », d’être à leur écoute mais surtout de « réagir face à tout changement de comportement, en les conduisant vers une structure de santé pour leur apporter les soins nécessaires et ne pas les laisser comme une proie facile, ce qui pourrait entraîner la mort suite à l’ingestion de ces multiples poisons qui constituent un danger sur la santé de ceux qui les consomment ».

Selon le Pr Rachid Belhadj, « c’est parfois au cours de la pratique de l’autopsie de sujets jeunes qui décèdent dans un tableau de mort subite que nous découvrons qu’hélas le sujet a été intoxiqué suite à l’ingestion massive de drogues ». « C’est dommage », s’est-il désolé. Aussi a-t-il réitéré son appel aux familles, enseignants, professionnels de la santé, services de sécurité et même imams pour « lutter tous ensemble contre ce phénomène qui menace la santé de nos jeunes et aussi la quiétude de nos concitoyens. Nous devons tous être unis pour lutter contre ce phénomène qui commence à nous inquiéter sérieusement » et d’ajouter « avant, c’était le cannabis et le cannabis ne tue pas mais malheureusement, on est passé à des drogues dures (cocaïne, LSD, Subutex…) » qui ne laissent aucune chance !!

Au cours de son intervention sur la chaîne d’Esseha, le Pr Belhadj a également mis l’accent sur un autre phénomène : celui des transporteurs humains de drogue. « Des personnes avalent des drogues dures soit du cannabis ou, plus dangereux, de la cocaïne, qu’ils transportent d’une wilaya à une autre, jouant avec leur vie et leur santé ». Il s’agit, selon lui, dans 80 % des cas, d’étrangers. « C’est un phénomène nouveau chez-nous. Avant, il était transfrontalier, aujourd’hui, il est en inter-wilaya ».

Dans le cadre d’une collaboration avec les services de sécurité pour la prise en charge sanitaire de ces trafiquants d’un autre genre, le Pr Belhadj a expliqué qu’en dépit de la gravité de leurs actes, ces trafiquants restent « des êtres humains qui sont, généralement, dans un état social précaire ». Transférés vers les structures de santé, ils sont « gardés dans un endroit propre, médicalisé, pour un suivi en coordination avec les services de réanimation, de chirurgie et de radiologie. Et ce, jusqu’à l’expulsion par voie naturelle de l’ensemble de la marchandise au bout de 12 ou 24h ». « Cette prise en charge sanitaire leur évite une mort certaine en cas d’éclatement de l’une des capsules ingérées », a-t-il fait savoir.

Enfin, le Pr Belhadj a rappelé combien cette pratique est « dangereuse pour la santé de l’individu », tout comme « elle présente un risque important de propagation de cette marchandise au sein de notre population et parmi les jeunes ».
Hassina Amrouni

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