Psoriasis : une découverte française pourrait mettre fin aux échecs thérapeutiques

Une équipe de chercheurs français coordonnée par le professeur Hervé Bachelez, de l’Institut Imagine, de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) et de l’Université Paris Cité, a identifié une nouvelle cause génétique du psoriasis. Cette avancée, publiée dans le Journal of Experimental Medicine, pourrait transformer la prise en charge de certains patients en ouvrant la voie au premier traitement véritablement personnalisé de cette maladie inflammatoire chronique de la peau.

Le psoriasis touche plusieurs millions de personnes en France, soit environ 3 à 7 % de la population européenne. Si les biothérapies ont considérablement amélioré le traitement de nombreux malades ces dernières années, une partie des patients continue de souffrir de formes sévères résistantes aux traitements disponibles. Malgré plusieurs essais thérapeutiques successifs, ces personnes ne parviennent pas à obtenir une rémission durable.

Les chercheurs ont découvert que, chez certains de ces patients, le psoriasis est provoqué par une mutation rare du gène ADAR1. Ce gène joue normalement un rôle essentiel de régulateur du système immunitaire en empêchant l’organisme de déclencher une réaction inflammatoire excessive face à ses propres ARN messagers ou à ceux des virus. Lorsque cette protéine fonctionne mal, le système immunitaire s’emballe et produit en excès des interférons, une famille de protéines inflammatoires responsables d’une inflammation chronique de la peau.

Cette découverte apporte une explication au fait que certains patients ne répondent à aucun des traitements classiques. En effet, leur maladie ne repose pas sur les mêmes mécanismes biologiques que ceux observés dans la majorité des cas de psoriasis. Les traitements actuellement utilisés ne ciblent pas cette voie inflammatoire spécifique, expliquant ainsi les nombreux échecs thérapeutiques observés chez ces malades.

L’étude établit également un lien entre cette forme de psoriasis et certaines maladies génétiques rares, notamment le syndrome d’Aicardi-Goutières, déjà connu pour être associé à des anomalies du gène ADAR1. Les chercheurs soulignent que l’étude des maladies rares permet ainsi de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans des maladies beaucoup plus fréquentes.

Les analyses réalisées sur des biopsies cutanées ont révélé un autre résultat inattendu. L’inflammation ne provient pas uniquement des cellules immunitaires, comme on le pensait jusqu’à présent. Les cellules de la peau elles-mêmes participent activement au processus inflammatoire. Les kératinocytes sont fortement impliqués, mais les chercheurs ont également démontré, pour la première fois, le rôle des mélanocytes, les cellules responsables de la production des pigments cutanés. Cette implication explique les anomalies de pigmentation fréquemment observées chez les personnes atteintes de psoriasis, qui concernent jusqu’à un quart des patients.

Cette meilleure compréhension des mécanismes biologiques a permis de proposer une prise en charge ciblée. Sur les 21 patients porteurs de cette mutation identifiés dans l’étude, 12, tous en échec thérapeutique après de nombreux traitements, ont reçu des médicaments agissant spécifiquement sur cette voie inflammatoire.

Les médecins ont utilisé deux traitements ciblés : l’upadacitinib, déjà approuvé dans le traitement du rhumatisme psoriasique, et le deucravacitinib, utilisé dans le psoriasis ainsi que dans le rhumatisme psoriasique. Les résultats se sont révélés particulièrement encourageants, avec des rémissions cliniques complètes chez des patients qui n’avaient jamais obtenu de réponse satisfaisante avec les traitements précédents.

Selon le professeur Hervé Bachelez, cette découverte illustre le potentiel de la médecine de précision dans les maladies inflammatoires chroniques. L’identification d’une cause génétique précise permet désormais d’adapter le traitement au mécanisme biologique propre à chaque patient, plutôt que d’appliquer une stratégie thérapeutique identique à tous.

Les chercheurs estiment que cette avancée pourrait modifier durablement la prise en charge des formes de psoriasis résistantes aux traitements conventionnels. Elle ouvre également de nouvelles perspectives pour l’identification d’autres sous-types génétiques de la maladie et le développement de traitements ciblés adaptés aux caractéristiques moléculaires de chaque patient, marquant une étape importante vers une médecine véritablement personnalisée dans le psoriasis.

En Algérie, les données épidémiologiques nationales demeurent limitées. Selon le Global Psoriasis Atlas, la prévalence du psoriasis est estimée à environ 0,62 % de la population générale, soit près de 0,8 % chez les adultes.

Par ailleurs, une étude multicentrique menée dans quatre centres hospitaliers algériens (Alger, Blida, Béchar et Constantine) auprès de 212 patients atteints de psoriasis a montré que 20,28 % présentaient un rhumatisme psoriasique jusque-là non diagnostiqué. Les chercheurs ont également identifié plusieurs facteurs associés à cette complication : l’obésité, l’atteinte du cuir chevelu, les lésions des ongles, les formes sévères de psoriasis et l’ancienneté de la maladie.

Nouhad Ourebzani 

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