Invitée de l’émission d’Esseha « Sahtek Bin Yeddik », animée par Samira Faïdi, le Pr Keltoum Messahli, chef de service de médecine légale au CHU Frantz-Fanon de Blida, a abordé un sujet « très délicat et un grave problème », à savoir la pratique illégale de la médecine.
D’emblée, le Pr Messahli se demande « comment en on est arrivé là ». Elle insiste d’abord sur le danger réel pour les personnes : « Il faut qu’il y ait une prise de conscience. Lorsqu’une personne est malade, elle doit consulter des professionnels qualifiés, des médecins formés pour diagnostiquer et soigner ».
Selon la spécialiste : « Nous voyons tous sur les réseaux sociaux des personnes qui ne sont pas médecins et qui n’ont aucun rapport avec la médecine vanter les bienfaits de produits dont on ignore tout. Elles prétendent que ces produits peuvent guérir le diabète, l’hypertension, l’ulcère, le psoriasis ou même le cancer ». Or, rappelle-t-elle, la mise sur le marché d’un médicament obéit à des procédures strictes : « Avant d’être accessible au public, un produit doit passer par plusieurs étapes : des essais en laboratoire sur les animaux, puis quatre phases de tests sur l’homme. Ce n’est qu’après cela qu’il peut obtenir une autorisation de mise sur le marché ». Même après sa commercialisation, la pharmacovigilance reste essentielle : « On surveille les effets secondaires signalés, afin de garantir la sécurité du médicament », note-t-elle., avant de préciser que les produits vendus en ligne échappent à ce contrôle : « Ces produits, y compris les crèmes, ne mentionnent souvent pas leur composition. Même appliqué sur la peau, un produit peut être dangereux : il est absorbé et peut contenir des substances toxiques », affirme la spécialiste, avant de rappeler que la réglementation ne laisse place à aucune ambiguïté : « La loi 2018 relative à la santé définit les conditions de l’exercice de la médecine. Pour pratiquer, il faut être titulaire d’un diplôme, être en situation d’exercice légal de la médecine et être inscrit au Conseil de l’ordre des médecins. Sans cela, la pratique est totalement illégale ». Elle met aussi en garde contre les formations accélérées et les écoles non agréées : « Les diplômes délivrés par ces structures n’ont aucune valeur légale. Avant de s’inscrire, il faut s’assurer que l’école dispose d’un agrément officiel ». Toutes ces mesures, souligne-t-elle, existent dans l’intérêt du patient : « Une personne qui pratique la médecine illégalement n’a pas le droit d’établir un diagnostic ni de proposer un traitement ».
Au cours de l’émission, le Pr Messahli évoque également la question des surspécialisations médicales : « Lorsqu’une nouvelle technique, par exemple chirurgicale, est validée, seuls les spécialistes du domaine peuvent se former à son utilisation. Cela évite les interférences et protège les malades ».
Pour conclure, elle adresse un message clair : « Je conseille aux malades de toujours consulter un médecin exerçant légalement » et de prévenir : « Il faut faire la part des choses avec ce qu’on lit sur les réseaux sociaux. Tout ce qui n’est pas validé scientifiquement peut être dangereux. Un médicament, c’est en pharmacie qu’on l’achète, pas ailleurs. Les patients doivent être conscients que leur santé dépend de leur vigilance ».
Hassina Amrouni
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