Dans de nombreux pays, la journée ne commence pas sans une tasse de thé, de café ou de maté fumant. Ce rituel, profondément ancré dans les habitudes sociales et culturelles, cache pourtant un danger longtemps sous-estimé : la chaleur excessive de ces boissons. Une étude publiée dans l’International Journal of Cancer apporte aujourd’hui une confirmation solide : boire régulièrement des liquides brûlants augmente significativement le risque de développer un cancer de l’œsophage.
Les chercheurs ont suivi plus de 50 000 adultes iraniens pendant plus d’une décennie. Ils se sont intéressés à la température à laquelle les participants consommaient leur thé, boisson la plus répandue dans la région étudiée. Le résultat est sans appel : ceux qui buvaient leur thé à 60 °C ou plus avaient près de deux fois plus de risque de développer un carcinome épidermoïde de l’œsophage que ceux qui patientaient pour laisser leur boisson tiédir. Autrement dit, ce n’est pas tant la boisson en elle-même qui pose problème, mais la chaleur à laquelle elle est ingérée.
Ce mécanisme est relativement simple à comprendre. L’œsophage n’est pas conçu pour résister à des brûlures répétées. Lorsqu’on avale une boisson trop chaude, la muqueuse fragile qui tapisse le conduit subit des lésions microscopiques. Ces blessures, répétées jour après jour, entraînent une inflammation chronique qui, avec le temps, peut favoriser l’apparition de mutations cellulaires. Ces mutations ouvrent la voie au cancer.
L’Organisation mondiale de la santé avait déjà, en 2016, classé la consommation régulière de boissons à plus de 65 °C comme « probablement cancérogène ». Thé, café, soupe: toutes sont concernées. Mais cette nouvelle étude vient préciser le risque et abaisser le seuil d’alerte. Car si beaucoup pensent que seuls les excès sont dangereux, les données montrent qu’un simple réflexe – boire sa boisson encore brûlante – suffit à accroître la probabilité de développer la maladie.
Le cancer de l’œsophage figure parmi les plus meurtriers dans le monde. Son pronostic est souvent sombre, car les symptômes n’apparaissent qu’à un stade avancé : difficultés à avaler, douleurs thoraciques ou perte de poids inexpliquée. Chaque année, il touche plus de 500 000 personnes et cause environ 400 000 décès, selon les chiffres internationaux. Prévenir ce cancer par des gestes simples représente donc un enjeu majeur de santé publique.
Pour les chercheurs, le message est clair : il ne s’agit pas de bannir le thé, le café ou la soupe, mais de revoir notre manière de les consommer. Laisser refroidir quelques minutes, attendre que la boisson descende sous les 55–60 °C, suffit pour réduire considérablement le danger. C’est une habitude culturelle qu’il faudra peut-être réapprendre, mais qui pourrait sauver de nombreuses vies.
La prochaine fois que vous versez une tasse de thé fumant, un café brûlant ou une soupe brûlante avalée trop vite, souvenez-vous : la chaleur du moment peut laisser une trace durable. Quelques minutes de patience suffisent pour préserver le plaisir… et protéger sa santé.
Nouhad Ourebzani
