Trop de sel dans l’assiette, et c’est le cerveau qui s’emballe

On le savait déjà : manger trop salé augmente le risque d’hypertension artérielle. Mais ce que des chercheurs de l’Université McGill viennent de découvrir va encore plus loin : le sel ne fatigue pas seulement les reins et les vaisseaux sanguins, il agit directement sur le cerveau. Leur étude, publiée dans la prestigieuse revue Neuron, montre que certaines cellules cérébrales, les microglies, se transforment en véritables « saboteurs » quand l’alimentation est trop salée.

Normalement, les microglies sont utiles. Ce sont des cellules de défense, une sorte de service d’entretien du cerveau. Mais sous l’effet du sel, elles deviennent trop actives et s’attaquent aux astrocytes, d’autres cellules qui protègent les neurones. Les astrocytes ont un rôle essentiel : ils régulent le glutamate, une molécule chimique qui sert à exciter les neurones. Quand les microglies détruisent les prolongements des astrocytes, le glutamate n’est plus correctement géré. Résultat : les neurones chargés de produire la vasopressine, une hormone qui fait monter la tension artérielle, s’emballent.

En langage simple : quand il y a trop de sel, les microglies deviennent hyperactives, les astrocytes s’affaiblissent, les neurones se surexcitent, la production de vasopressine augmente et la tension artérielle grimpe. C’est une véritable réaction en chaîne, qui part du cerveau pour atteindre le cœur et les artères.

Les expériences menées sur des rats ont même montré qu’en bloquant l’action des microglies, on pouvait réduire l’excitation des neurones et limiter l’augmentation de la tension. Cela signifie qu’il pourrait exister, dans l’avenir, des traitements contre l’hypertension qui ne cibleraient pas seulement les reins ou les vaisseaux, mais aussi le cerveau.

Cette découverte change notre regard sur une maladie qui touche un adulte sur trois dans le monde. Elle nous rappelle aussi une vérité simple : ce que nous mettons dans notre assiette n’a pas seulement des effets visibles sur notre poids ou notre énergie, mais influence directement le fonctionnement de notre cerveau. Le sel, en excès, agit comme un perturbateur silencieux qui dérègle l’équilibre fragile de nos cellules nerveuses.

En attendant de nouvelles thérapies issues de ces travaux, le meilleur réflexe reste le plus simple : réduire sa consommation de sel. Car si notre palais s’y habitue rapidement, nos neurones, eux, n’ont pas cette capacité d’adaptation.

Nouhad Ourebzani

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