Le CHU « Nefissa Hamoud » (ex-Parnet) franchit une étape importante dans la prise en charge des pathologies valvulaires avec l’introduction de la technique du TAVI (Transcatheter Aortic Valve Implantation), une procédure de cardiologie interventionnelle qui permet de remplacer une valve aortique défaillante sans recourir à la chirurgie à cœur ouvert. Une technique porteuse d’espoir pour des patients jusque-là exclus des options thérapeutiques classiques.
Pour le Pr Mohamed Berrehal, chef d’unité de cardiologie interventionnelle, cette technique représente une véritable évolution dans la prise en charge des patients fragiles. « Vous avez assisté aujourd’hui, à une technique de la chirurgie interventionnelle qu’on appelle TAVI, qui consiste à implanter une valve de façon interventionnelle, sans chirurgie. C’est une technique relativement récente qui permet à certaines catégories de patients d’éviter la chirurgie lourde ».
Réalisée le plus souvent sous anesthésie locale, parfois associée à une légère sédation, l’intervention consiste à introduire, par une simple ponction au niveau de l’aine, une valve biologique montée sur un stent jusqu’à la valve aortique malade. Déployée sous contrôle radiologique, la nouvelle valve vient se loger à l’intérieur de l’ancienne, devenue sténosée. « Au lieu de s’ouvrir correctement, cette valve ne s’ouvre que partiellement, créant un obstacle au passage du sang, et entraînant un affaiblissement du muscle cardiaque », explique le spécialiste, à Esseha. « La magie de cette technique, c’est qu’elle permet d’éviter de passer par la chirurgie lourde. Avec le TAVI, le patient peut sortir et marcher dès le lendemain ».
Initialement réservée aux patients très âgés ou présentant un risque chirurgical élevé, cette approche voit aujourd’hui ses indications s’élargir. Comme le souligne le spécialiste, « avec le développement de la technique et de la technicité des opérateurs, nous pouvons la proposer à des patients moins fragiles et plus jeunes. Peut-être qu’à l’avenir, avec une évolution constante, elle pourrait devenir une alternative à la chirurgie ».
Pour le Dr Asma Belmallem, spécialiste en imagerie cardiovasculaire structurelle, le succès du TAVI repose avant tout sur une sélection rigoureuse des patients. « Cette technique consiste à remplacer la valve malade par une valve biologique pour éviter une chirurgie à cœur ouvert et les complications qu’elle implique. Mais elle répond à des indications bien précises ».
Les recommandations européennes préconisent aujourd’hui cette procédure à partir de 70 ans chez les patients présentant un rétrécissement aortique serré et symptomatique. Fatigue importante, essoufflement à l’effort, épisodes d’oedème aigu du poumon ou encore oedèmes des membres inférieurs constituent autant de signes d’alerte. « Aujourd’hui, ce sont les patients eux-mêmes qui demandent à bénéficier du TAVI, face aux bénéfices que présente cette technique par rapport à la chirurgie. Désormais, leur avis est intégré dans la décision thérapeutique, qui est prise de manière concertée ».
Le diagnostic repose sur une échocardiographie transthoracique, complétée par un scanner cardiaque permettant de préparer minutieusement l’intervention. Le Dr Belmallem rappelle toutefois que cette innovation doit rester strictement encadrée et insiste sur la nécessité d’une sélection particulièrement rigoureuse des candidats au TAVI. L’éligibilité ne repose pas uniquement sur l’âge, mais sur une évaluation multidisciplinaire prenant en compte les comorbidités, le risque chirurgical, les résultats de l’échocardiographie et du scanner cardiaque, ainsi que les caractéristiques anatomiques du patient. « Cette technique est indiquée pour certains patients et si on la pratique chez des patients qui ne sont pas indiqués, on risque de leurs nuire. Les listes d’attente sont très longues, la prothèse coûte très cher ; nous devons donc choisir les patients qui en ont le plus besoin ».
Pour le Dr Farah Benlallam, spécialiste en imagerie cardiovasculaire structurelle, cette première expérience constitue une source de fierté pour les équipes du CHU. « Jusqu’à présent, la chirurgie était la seule option pour remplacer une valve calcifiée. Or, certains patients ne pouvaient pas en bénéficier. Cette technique existe depuis plus de vingt ans dans le monde, mais elle commence seulement à se développer chez nous ». La spécialiste insiste sur l’importance du bilan préopératoire, indispensable pour limiter les complications potentielles. « Le malade doit subir une série d’examens afin que la technique porte pleinement ses fruits. Et grâce à la collaboration étroite avec l’équipe de chirurgie cardiaque, nous sommes en mesure de faire face aux éventuelles complications ». Et de conclure : « Malgré tout, la balance penche clairement en faveur du remplacement de la valve avec à la clé une amélioration significative de la qualité de vie des patients ».
Hassina Amrouni
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