Alzheimer : la protéine Tau, longtemps accusée, se révèle indispensable à la mémoire

Une découverte australienne pourrait changer la manière dont les scientifiques abordent la maladie d’Alzheimer. Des chercheurs ont mis en évidence que la protéine Tau, connue pour son implication dans la neurodégénérescence, joue également un rôle essentiel dans la formation des souvenirs. Une avancée qui invite à repenser les futures stratégies thérapeutiques.

Depuis plusieurs décennies, la protéine Tau est considérée comme l’un des principaux marqueurs de la maladie d’Alzheimer. Lorsqu’elle s’accumule sous une forme anormale à l’intérieur des neurones, elle forme des enchevêtrements toxiques qui perturbent leur fonctionnement et favorisent leur dégénérescence. Mais une étude menée par des chercheurs de Flinders University apporte aujourd’hui un regard radicalement nouveau sur cette protéine : à l’état normal, elle est indispensable au bon fonctionnement de la mémoire.

Publiés en juillet 2026, les résultats de ces travaux montrent que Tau ne constitue pas seulement un facteur de risque lorsqu’elle devient pathologique. Elle intervient activement dans les mécanismes biologiques qui permettent au cerveau de transformer une expérience récente en souvenir durable. En étudiant des modèles expérimentaux, les chercheurs ont observé que l’absence de Tau fonctionnelle empêchait la consolidation de la mémoire à long terme, tandis que la mémoire immédiate demeurait largement préservée.

Selon les auteurs, Tau agit comme un régulateur essentiel des processus cellulaires impliqués dans la plasticité synaptique, c’est-à-dire la capacité des neurones à renforcer leurs connexions pour stocker de nouvelles informations. Lorsque cette fonction est perdue, le cerveau devient incapable de stabiliser efficacement les souvenirs.

Cette découverte pourrait expliquer pourquoi les troubles de la mémoire apparaissent si précocement chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs estiment que les déficits cognitifs ne seraient pas uniquement liés à l’accumulation de Tau toxique, mais également à la disparition progressive de sa fonction physiologique normale. En d’autres termes, la maladie résulterait à la fois d’un gain de toxicité et d’une perte de fonction, deux phénomènes qui se renforcent mutuellement.

Ces résultats pourraient également influencer le développement des futurs traitements. Jusqu’à présent, de nombreuses approches thérapeutiques visaient à éliminer ou à réduire la quantité de protéine Tau dans le cerveau. Les auteurs mettent toutefois en garde contre cette stratégie si elle conduit à supprimer une protéine indispensable au fonctionnement normal des neurones. L’objectif ne serait donc plus d’éliminer Tau, mais de neutraliser exclusivement ses formes pathologiques tout en préservant son rôle dans les mécanismes de la mémoire.

Si ces travaux devront encore être confirmés chez l’être humain, ils ouvrent une nouvelle voie dans la recherche contre la maladie d’Alzheimer. En réhabilitant le rôle physiologique de Tau, les scientifiques proposent une vision plus nuancée de cette protéine, susceptible de conduire à des traitements plus précis, capables de freiner la maladie sans compromettre les fonctions cognitives essentielles.

À l’heure où la maladie d’Alzheimer touche des dizaines de millions de personnes dans le monde et où son incidence continue d’augmenter avec le vieillissement de la population, cette découverte constitue une avancée majeure dans la compréhension des mécanismes de la mémoire et de la neurodégénérescence.

Ouiza Lataman

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