Une alimentation trop riche en sucre ne se contente pas d’augmenter le risque de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Selon une nouvelle étude scientifique, elle pourrait également accélérer le vieillissement du cerveau en altérant progressivement sa structure et ses fonctions cognitives.
Les chercheurs ont analysé les données de près de 30 000 adultes, précisément 27 786 participants, âgés en moyenne de 58 ans au début de l’étude. Les volontaires, indemnes de démence au départ, ont été suivis pendant une durée médiane de 25 ans, ce qui en fait l’une des plus vastes recherches consacrées aux liens entre alimentation et santé cérébrale.
Au cours de cette longue période, 3 224 participants, soit 11,6 % de l’ensemble de la cohorte, ont développé une forme de démence. Les scientifiques se sont intéressés à la consommation de « sucres libres », c’est-à-dire les sucres ajoutés aux aliments et boissons ainsi que ceux naturellement présents dans le miel, les sirops ou les jus de fruits.
Les résultats montrent que la quantité de sucre consommée ne produit pas toujours les mêmes effets selon son origine. Les chercheurs n’ont pas observé d’association significative entre l’apport total en sucres libres et le risque global de démence ou de maladie d’Alzheimer. En revanche, ils ont mis en évidence une relation avec la démence vasculaire : les personnes dont les sucres représentaient 10 à 12,5 % de leur apport énergétique quotidien présentaient un risque 30 % plus faible de développer cette forme de démence, comparativement aux autres groupes.
L’étude souligne également que toutes les sources de sucre ne se valent pas. Une consommation élevée de chocolat a été associée à une diminution du risque de démence, tandis qu’aucun lien significatif n’a été retrouvé entre les boissons sucrées et le risque global de démence dans cette cohorte. Les auteurs estiment que la matrice alimentaire et les nutriments accompagnant le sucre pourraient jouer un rôle aussi important que le sucre lui-même.
Ces observations viennent renforcer l’idée que le vieillissement cérébral est fortement influencé par la santé métabolique. Des pics répétés de glycémie, l’inflammation chronique et les troubles cardiovasculaires sont autant de mécanismes susceptibles de favoriser la dégradation progressive des neurones et des capacités cognitives. Plusieurs travaux récents convergent vers cette hypothèse en montrant que les déséquilibres métaboliques constituent un facteur de risque majeur pour le cerveau.
Les chercheurs rappellent toutefois que leurs résultats ne démontrent pas un lien de cause à effet. Ils plaident pour des études complémentaires afin de mieux comprendre comment la nature des aliments, la qualité globale de l’alimentation et les habitudes de vie interagissent avec le vieillissement cérébral.
En attendant, ces données confortent les recommandations nutritionnelles actuelles visant à limiter les sucres ajoutés, non seulement pour préserver la santé cardiovasculaire et métabolique, mais aussi pour protéger le cerveau au fil des années.
Nora S.
