Alzheimer : les effets surprenants d’un médicament utilisé contre l’insomnie

 

 

Un médicament déjà utilisé pour traiter l’insomnie pourrait-il contribuer à mieux comprendre, voire à combattre certains mécanismes de la maladie d’Alzheimer ? C’est la question soulevée par une récente étude menée par des chercheurs américains.

Le médicament étudié est le suvorexant, un traitement qui agit sur l’orexine, une substance produite par le cerveau et impliquée notamment dans la régulation de l’éveil et du sommeil. Son utilisation pourrait avoir des effets qui dépassent le simple fait de faciliter l’endormissement.

Depuis plusieurs années, les scientifiques s’intéressent de près à la relation entre sommeil et maladie d’Alzheimer. Les troubles du sommeil sont fréquemment observés chez les personnes atteintes de la maladie et peuvent parfois apparaître avant même les premiers signes de déclin cognitif.

Cette association pourrait s’expliquer par le rôle particulier joué par le sommeil dans le fonctionnement du cerveau. Pendant certaines phases du sommeil, le cerveau met en œuvre des mécanismes permettant notamment d’éliminer différents déchets produits au cours de son activité.

Parmi ces substances figurent la bêta-amyloïde et la protéine tau, deux éléments particulièrement étudiés dans la maladie d’Alzheimer. L’accumulation anormale de bêta-amyloïde et les modifications de la protéine tau sont en effet associées aux mécanismes de dégénérescence des cellules nerveuses.

Les chercheurs ont donc voulu savoir si une modification du sommeil pouvait influencer ces marqueurs biologiques.

Dans leur étude, des participants ont reçu du suvorexant pendant plusieurs nuits. Les scientifiques ont ensuite analysé leur liquide céphalo-rachidien afin d’observer l’évolution de différentes protéines associées à la maladie d’Alzheimer.

Les résultats ont montré une diminution de la bêta-amyloïde après seulement quelques jours de traitement. Des modifications ont également été observées au niveau de certaines formes de la protéine tau.

La rapidité de ces changements a particulièrement retenu l’attention des chercheurs. Elle suggère que les mécanismes contrôlant le sommeil pourraient avoir une influence directe sur certains processus biologiques impliqués dans la maladie d’Alzheimer.

Mais ces résultats doivent être interprétés avec beaucoup de prudence.

L’étude était de courte durée et concernait un nombre limité de personnes. Les chercheurs ont observé des modifications de marqueurs biologiques, mais ils n’ont pas démontré que le médicament améliorait la mémoire, les capacités intellectuelles ou l’état neurologique des participants.

Autrement dit, il ne s’agit pas encore d’un traitement contre Alzheimer.

Une baisse temporaire de certaines protéines associées à la maladie ne signifie pas nécessairement que le processus neurodégénératif est stoppé ou ralenti. Pour parvenir à une telle conclusion, il faudrait suivre des patients pendant beaucoup plus longtemps et déterminer si ces changements biologiques se traduisent réellement par une diminution du risque de développer la maladie ou par un ralentissement de son évolution.

L’intérêt de cette découverte réside donc surtout dans la nouvelle piste qu’elle ouvre.

Elle renforce l’hypothèse selon laquelle le sommeil pourrait jouer un rôle important dans les mécanismes de protection du cerveau. Agir sur les circuits cérébraux responsables de l’alternance entre sommeil et éveil pourrait ainsi influencer certains processus associés à l’accumulation des protéines impliquées dans Alzheimer.

Cette piste est d’autant plus intéressante que les changements biologiques liés à la maladie peuvent commencer plusieurs années avant l’apparition des premiers troubles de mémoire.

Les chercheurs devront désormais déterminer si les effets observés après quelques nuits peuvent être maintenus sur une période beaucoup plus longue. Ils devront également vérifier si une diminution durable de la bêta-amyloïde et de certaines formes de tau peut réellement modifier l’évolution de la maladie.

La question de la sécurité sera également essentielle. Un médicament destiné à traiter l’insomnie chez des patients présentant des troubles du sommeil ne peut pas automatiquement être considéré comme un traitement préventif destiné à des personnes en bonne santé.

Il faudra donc encore de nombreuses recherches avant d’envisager une éventuelle utilisation du suvorexant dans la prévention ou le traitement de la maladie d’Alzheimer.

Cette étude rappelle toutefois une réalité de plus en plus étudiée par les neuroscientifiques : le sommeil n’est pas une simple période d’inactivité. Pendant la nuit, le cerveau poursuit des fonctions essentielles à son équilibre et à son fonctionnement.

Comprendre ces mécanismes pourrait, à terme, permettre d’identifier de nouvelles stratégies pour lutter contre les maladies neurodégénératives.

Pour l’instant, le suvorexant reste un médicament contre l’insomnie. Mais les résultats obtenus pourraient encourager les chercheurs à explorer davantage le lien entre sommeil et Alzheimer, et peut-être à considérer le sommeil comme l’une des pièces importantes du puzzle de cette maladie encore largement mystérieuse.

Nouhad Ourebzani 

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