Cancer en Algérie : plus de 60 700 nouveaux cas recensés en 2024, le dépistage précoce au cœur des priorités

 

L’Algérie a enregistré 60 743 nouveaux cas de cancer en 2024, contre 56 319 en 2023, selon les données de la Réseau national des registres du cancer de la population. Ces chiffres ont été présentés jeudi 29 octobre 2026, à l’occasion de la rencontre annuelle de ce réseau, organisée à l’hôtel Golden Tulip, à Alger, sous la présidence de Mohamed Talhi, secrétaire général du ministère de la Santé, représentant le ministre de la Santé, le professeur Mohamed Seddik Aït Messaoudène.

La rencontre a réuni notamment le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Algérie, le Dr Phanuel Habimana, le président du comité sectoriel de coordination de la prise en charge du cancer, ainsi que les responsables de l’Institut national de santé publique, de l’Institut Pasteur d’Algérie et de l’Agence nationale du sang. Des experts, des professionnels de santé et des représentants de la société civile ont également pris part aux travaux.

Cette réunion annuelle constitue une étape importante dans l’évaluation de la situation épidémiologique du cancer en Algérie et dans la définition des priorités en matière de prévention, de dépistage précoce et de prise en charge des patients. Elle intervient quelques jours après le lancement de la campagne nationale Octobre Rose 2026, placée sous le slogan « La numérisation au service d’un meilleur dépistage », qui met l’accent sur l’utilisation des données et des technologies numériques pour améliorer la détection de la maladie.

Selon les données présentées au nom du ministre de la Santé, le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez les femmes, avec 14 712 nouveaux cas estimés chaque année. Il représente plus de 42 % des cancers enregistrés chez les femmes et près d’un quart de l’ensemble des cas recensés chez les deux sexes. L’âge moyen au diagnostic est d’environ 47 ans, tandis qu’une patiente sur cinq a moins de 40 ans au moment du diagnostic.

Chez les hommes, le cancer de la prostate occupe désormais la première place, avec 4 334 nouveaux cas estimés annuellement, suivi du cancer colorectal, qui totalise 4 066 cas. Ces chiffres soulignent la nécessité de renforcer les actions de prévention, de lutter contre les facteurs de risque et d’améliorer les parcours de diagnostic et de traitement.

Pour les autorités sanitaires, ces données ne constituent pas de simples statistiques. Elles représentent des indicateurs essentiels pour adapter les politiques de santé, orienter les investissements et anticiper les besoins en infrastructures, en équipements et en ressources humaines. Le développement des structures de soins, l’amélioration de l’accès aux traitements et l’introduction de thérapies innovantes, notamment les traitements ciblés et l’immunothérapie, figurent parmi les axes de cette démarche.

Le Réseau national des registres du cancer joue, à cet égard, un rôle central. Depuis 2015, il contribue à la production d’indicateurs épidémiologiques ventilés selon le sexe, l’âge, la localisation du cancer et la wilaya. Ces informations permettent de mieux cerner la répartition de la maladie sur le territoire national et de soutenir les décisions publiques sur la base de données fiables, dans le respect de la confidentialité des informations personnelles et de l’éthique professionnelle.

Le cadre institutionnel de ce dispositif repose notamment sur l’arrêté ministériel n° 95 du 17 mars 2014 et la décision ministérielle n° 98 du 27 septembre 2015, qui a renforcé l’organisation régionale du réseau à travers les coordinations de l’Est, du Centre et de l’Ouest. Son fonctionnement s’inscrit également dans le cadre des lois relatives à la santé et à la protection des personnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel.

Le ministère de la Santé a accompagné le développement du réseau par la formation des personnels, l’adoption du logiciel CanReg5, recommandé au niveau international, ainsi que la mise à disposition d’équipements informatiques et d’un serveur central. Les efforts portent également sur l’amélioration de la qualité des données et la numérisation des registres, avec pour objectif de renforcer leur interconnexion avec les établissements hospitaliers, les laboratoires et les centres régionaux.

Les données recueillies contribuent notamment à la mise en œuvre de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer pour la période 2025-2035. Elles servent également à orienter le développement des capacités de prise en charge, à travers l’extension du réseau des centres de lutte contre le cancer, le renforcement des services de radiothérapie et leur équipement en accélérateurs linéaires. Des ouvertures de nouvelles unités et l’acquisition d’équipements supplémentaires sont également programmées.

Parallèlement, les efforts de dépistage précoce, particulièrement du cancer du sein, se poursuivent à travers les unités régionales spécialisées et le lancement, en octobre, d’une première caravane mobile connectée numériquement. Cette initiative vise à améliorer l’accès au dépistage et à rapprocher les services de santé des populations.

Pour la prochaine étape, six axes prioritaires ont été définis afin de consolider le fonctionnement du réseau. Il s’agit d’abord d’achever la couverture nationale des registres, notamment en accompagnant leur création dans les nouvelles wilayas et en renforçant la coopération avec les établissements publics et privés de santé.

L’accélération de la numérisation constitue un autre objectif majeur. Elle passe par l’interconnexion des registres avec le dossier médical électronique, les hôpitaux et les laboratoires, en s’appuyant sur un identifiant unique du patient. Le développement des compétences professionnelles, la formation continue et l’amélioration des conditions de travail des équipes figurent également parmi les priorités.

Le ministère entend par ailleurs renforcer les mécanismes d’évaluation et de suivi, notamment par le développement des indicateurs épidémiologiques, l’analyse des taux de survie et l’évaluation de l’impact des programmes de dépistage et des traitements. Ces démarches doivent permettre de mesurer plus précisément les résultats des actions engagées dans le cadre de la stratégie nationale 2025-2035.

Les autres axes concernent le renforcement de la prévention et du dépistage précoce à partir des données épidémiologiques, la lutte contre les facteurs de risque ainsi que le soutien à la recherche scientifique et à la coopération internationale. La collaboration avec l’OMS et le Centre international de recherche sur le cancer doit notamment contribuer à valoriser les données disponibles, tout en garantissant la protection des informations personnelles.

Prenant la parole lors de la rencontre, le représentant de l’OMS en Algérie, le Dr Phanuel Habimana, a souligné l’importance du réseau national dans l’orientation des politiques publiques et des décisions sanitaires. Il a insisté sur la nécessité d’harmoniser les données et d’en garantir la qualité sur l’ensemble du territoire national.

Il a également salué les efforts engagés par l’Algérie en matière de dépistage précoce et de renforcement des capacités de radiothérapie, appelant à une exploitation accrue des données épidémiologiques dans la planification, la recherche et l’évaluation de la stratégie nationale de lutte contre le cancer. Il a enfin rappelé le rôle des équipes médicales et des médias dans la sensibilisation au dépistage et la lutte contre la stigmatisation liée à la maladie, réaffirmant le soutien de l’OMS et du système des Nations unies à cette démarche.

À travers le renforcement du réseau national des registres du cancer, les autorités sanitaires ambitionnent ainsi de disposer d’une connaissance plus précise de l’évolution de la maladie, d’améliorer l’anticipation des besoins et d’orienter les ressources vers les interventions les plus pertinentes. L’enjeu est de faire des données épidémiologiques un véritable outil d’aide à la décision, au service de la prévention, du diagnostic précoce et de l’amélioration des chances de survie des patients.

Nouhad Ourebzani 

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