Compléments alimentaires en Algérie : la réforme relance le débat sur les circuits de distribution

Alors que les pouvoirs publics préparent un nouvel encadrement des compléments alimentaires, les producteurs algériens s’inquiètent des conséquences possibles de cette réforme sur les circuits de distribution. L’Association nationale des producteurs de compléments alimentaires (APACA) plaide pour le maintien d’une distribution en gros associant les opérateurs pharmaceutiques et parapharmaceutiques, tout en soutenant le renforcement des exigences sanitaires.

La réorganisation annoncée du marché des compléments alimentaires en Algérie suscite des interrogations au sein de la filière nationale. Si la nécessité de mieux encadrer ces produits semble faire consensus, les modalités de leur distribution soulèvent des préoccupations chez les professionnels, notamment quant à l’avenir des grossistes parapharmaceutiques et aux conséquences d’une éventuelle restriction de leurs activités sur l’approvisionnement du marché.

Le 5 octobre dernier, le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, avait annoncé qu’un projet de décret exécutif fixant les caractéristiques techniques des compléments alimentaires destinés à la médecine humaine avait été approuvé par le Conseil des ministres. Présenté alors comme étant en cours de publication au Journal officiel, ce texte prévoit notamment que la délivrance de ces produits soit exclusivement assurée par les pharmaciens. Les autorités justifient cette orientation par la nécessité de mieux protéger les consommateurs, de renforcer la qualité des produits et de prévenir les risques liés à une utilisation excessive ou inappropriée.

Ces préoccupations sanitaires ne sont pas sans fondement. Bien qu’ils ne soient pas des médicaments, les compléments alimentaires peuvent contenir des vitamines, des minéraux ou d’autres substances dont la consommation nécessite certaines précautions. Des doses excessives, des interactions avec certains traitements ou des allégations de santé trompeuses peuvent exposer les utilisateurs à des risques. Leur commercialisation pose ainsi des questions de contrôle, de traçabilité et d’information du consommateur, indépendamment des intérêts économiques des différents intervenants.

C’est précisément sur l’organisation de la distribution en gros que l’APACA souhaite attirer l’attention des pouvoirs publics. Dans un communiqué, l’association défend le maintien de la complémentarité entre les circuits pharmaceutique et parapharmaceutique, estimant que les distributeurs spécialisés ont progressivement acquis une place importante dans l’approvisionnement du marché national.

Selon l’association, ces opérateurs ont contribué au développement de la production locale en accompagnant les entreprises dans la commercialisation de leurs produits, notamment lors du lancement de nouvelles marques. Leur présence sur le terrain et leurs relations avec les producteurs constitueraient également, à ses yeux, des atouts pour assurer une couverture territoriale étendue et maintenir la disponibilité des compléments alimentaires.

L’APACA considère ainsi qu’une évolution de la réglementation devrait tenir compte de cette organisation existante afin d’éviter de fragiliser les réseaux d’approvisionnement et les entreprises qui en dépendent. Elle ne conteste toutefois pas le principe d’un encadrement plus rigoureux, qu’elle juge nécessaire pour améliorer la qualité, la traçabilité et la protection des consommateurs.

Une distinction importante demeure néanmoins entre la délivrance des compléments alimentaires au public et leur distribution en gros. Si les annonces ministérielles ont évoqué une délivrance réservée aux pharmaciens, elles ne permettent pas, à elles seules, de déterminer précisément les conséquences du futur dispositif sur les grossistes parapharmaceutiques. Cette question devra être appréciée à la lumière des dispositions réglementaires effectivement publiées.

Au-delà des préoccupations exprimées par les producteurs, le débat porte donc sur la manière de concilier les impératifs sanitaires avec les réalités économiques de la filière. Le renforcement des contrôles, la vérification de la composition des produits, les conditions de stockage et de distribution ainsi que la fiabilité des informations destinées aux consommateurs constituent autant d’exigences dont l’application effective sera déterminante.

En appelant à une concertation avec les autorités compétentes, l’APACA souhaite que les différents acteurs de la filière soient associés aux discussions sur les modalités d’application de la réforme.

Reste à savoir comment le nouveau cadre réglementaire organisera concrètement les responsabilités des différents intervenants. Car au-delà du choix des circuits de distribution, c’est bien la capacité des pouvoirs publics à garantir la sécurité des produits, à contrôler leur commercialisation et à protéger les consommateurs qui permettra de mesurer l’efficacité de cette réforme.

Tinhinane B

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