À Alger, l’Afrique décide enfin de produire ce qu’elle consomme : un tournant historique pour l’industrie de la santé

L’Afrique en parle depuis des décennies. Mais rarement elle avait décidé, ensemble, de franchir le pas.

Vendredi 28 novembre 2025, à Alger, les ministres africains de la santé, de l’industrie pharmaceutique et du commerce ont mis fin à une longue ère où le continent demeurait simple consommateur de technologies médicales importées, souvent chères, parfois inaccessibles, toujours dépendantes.

En adoptant la “Déclaration d’Alger”, ils ont fait plus que conclure un sommet : ils ont franchi un seuil symbolique, celui où une région du monde cesse d’attendre que d’autres produisent pour elle et choisit enfin de devenir maître de sa chaîne d’approvisionnement.

Le ministre algérien de la Santé, Pr Mohamed Seddik Ait Messaoudene, a résumé cette bascule d’une phrase :

« L’Afrique ne peut plus se contenter d’acheter la santé, elle doit la fabriquer. »

Derrière cette affirmation, un constat devenu impossible à ignorer : les crises récentes – de la pandémie aux tensions géopolitiques – ont montré qu’un continent qui dépend à plus de 70 % d’importations pharmaceutiques s’expose à des ruptures, à des marchés volatils, à des prix imposés, et parfois… à l’exclusion pure et simple.

La “Déclaration d’Alger” propose donc un changement de posture plutôt qu’un catalogue technique. Elle engage les pays africains à lever les barrières réglementaires qui étouffent la production locale, à harmoniser leurs lois pharmaceutiques pour attirer les industriels, à mutualiser leurs achats de matières premières, et à répartir les rôles selon les capacités de chacun au lieu de multiplier des usines redondantes et fragiles.

Elle assume aussi une vérité longtemps tue : tous les pays africains ne démarrent pas du même point. Certains, comme l’Algérie ou l’Égypte, disposent déjà d’une industrie solide, de plateformes de production, de capacités technologiques avancées.

Loin d’être perçue comme un déséquilibre, cette réalité est désormais envisagée comme un levier de propulsion collective.

Le texte adopté consacre ainsi l’idée que certaines nations joueront un rôle d’entraînement, de structuration, presque d’“ateliers continentaux” au service d’une production partagée. Une logique nouvelle, plus intégrée, plus lucide, qui rompt avec l’illusion de l’autosuffisance nationale dans un domaine aussi exigeant que l’industrie pharmaceutique.

Le ministre algérien a salué l’engagement des gouvernements africains, tout en rappelant que cette déclaration ne sera crédible que si elle se traduit dans les faits. Car l’enjeu, a-t-il souligné, n’est pas seulement industriel : il est politique, social, moral même.

Il s’agit d’offrir aux citoyens africains un accès régulier, équitable et abordable à des médicaments et à des technologies de santé produites sur le continent, pour le continent.

En refermant ce sommet, l’Algérie n’a pas seulement accueilli un événement diplomatique. Elle a ouvert, avec ses partenaires africains, une étape nouvelle, où l’Afrique cesse d’être observatrice des chaînes mondiales d’innovation pour y devenir actrice, productrice et décideuse.

Reste maintenant la partie la plus difficile : transformer cette ambition en usines, en plateformes logistiques, en centres de recherche, et surtout… en un changement durable de culture politique et industrielle.

Mais pour la première fois depuis longtemps, Alger a donné à la question pharmaceutique africaine un horizon : celui d’un continent qui fabrique enfin son avenir.

Tinhinane B

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