Le cancer du sein est souvent présenté comme une seule maladie. Pourtant, derrière ce même diagnostic se cachent plusieurs formes de tumeurs qui ne se développent pas de la même manière et, surtout, ne répondent pas aux mêmes traitements.
Cette réalité explique pourquoi deux femmes auxquelles on annonce un cancer du sein peuvent suivre des parcours thérapeutiques très différents. La taille de la tumeur et son extension restent importantes, mais elles ne suffisent plus, à elles seules, à orienter la prise en charge. Les médecins cherchent désormais aussi à comprendre les caractéristiques biologiques de la tumeur.
Après une biopsie ou une intervention chirurgicale, l’analyse des cellules cancéreuses permet notamment de rechercher plusieurs marqueurs. Parmi les plus importants figurent les récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone ainsi que la protéine HER2. Ces éléments jouent aujourd’hui un rôle majeur dans le choix des traitements.
Le National Cancer Institute, l’Institut national du cancer des États-Unis, distingue notamment plusieurs grands profils de cancer du sein, parmi lesquels les cancers hormonodépendants, les cancers HER2 positifs et les cancers dits « triple négatifs ».
Les cancers hormonodépendants sont les plus fréquents. Dans ce cas, les cellules tumorales possèdent des récepteurs qui les rendent sensibles notamment aux œstrogènes ou à la progestérone. Cette particularité peut être exploitée par les traitements, puisque certaines thérapies cherchent précisément à empêcher les hormones de stimuler la croissance des cellules cancéreuses.
D’autres tumeurs sont dites HER2 positives. Elles présentent une quantité élevée de la protéine HER2, impliquée dans la croissance des cellules. Ces cancers ont longtemps été associés à une évolution plus agressive, mais cette caractéristique est aussi devenue une cible thérapeutique majeure. Le développement de traitements dirigés contre HER2 a profondément modifié la prise en charge de nombreuses patientes.
À l’inverse, les cancers dits « triple négatifs » ne présentent ni récepteurs aux œstrogènes, ni récepteurs à la progestérone, ni surexpression de HER2. Selon les données internationales, ils représentent environ 10 à 15 % des cancers du sein, même si leur fréquence peut varier selon les populations étudiées. Ils ont tendance, en moyenne, à évoluer plus rapidement que plusieurs autres formes de la maladie. L’absence de ces principales cibles thérapeutiques limite certaines options, même si la chimiothérapie, l’immunothérapie et d’autres approches ont progressivement élargi les possibilités de traitement.
Mais cette classification ne raconte qu’une partie de l’histoire. Le cancer du sein peut également être décrit selon le tissu dans lequel il prend naissance, son aspect au microscope, son grade, son stade ou certaines caractéristiques moléculaires.
Une même tumeur peut ainsi être, par exemple, canalaire, hormonodépendante et HER2 négative. Ces termes ne désignent pas trois cancers différents, mais plusieurs caractéristiques d’une seule et même tumeur.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la prise en charge du cancer du sein est devenue de plus en plus individualisée. Il ne s’agit plus seulement de détecter une tumeur, d’en mesurer la taille et de rechercher une éventuelle propagation. L’objectif est aussi d’en établir le profil le plus précis possible afin d’identifier les traitements les plus adaptés.
Pour les patientes et leurs familles, cette évolution permet aussi de mieux comprendre une situation parfois déroutante : deux femmes atteintes d’un cancer du sein peuvent recevoir des traitements très différents sans que cela signifie nécessairement que l’une est plus gravement atteinte que l’autre. L’une pourra bénéficier d’une hormonothérapie, une autre d’un traitement ciblant HER2, tandis qu’une troisième pourra recevoir une chimiothérapie, une immunothérapie ou plusieurs traitements associés.
Le mot « cancer du sein » recouvre donc des réalités très différentes. Derrière un même diagnostic se trouvent des tumeurs dont la biologie, l’évolution et la sensibilité aux traitements peuvent varier considérablement.
Mieux connaître ces différences ne relève pas seulement du vocabulaire médical. Elles permettent surtout de comprendre pourquoi, face à une maladie qui porte le même nom, les parcours de soins peuvent être profondément différents d’une patiente à l’autre.
Amina Azoune
