Passer de longues heures assis sans interruption pourrait être associé à un risque accru de développer un cancer et d’en mourir. Une vaste étude menée auprès de plus de 91 000 participants suggère surtout qu’au-delà du temps total de sédentarité, la manière dont celui-ci s’accumule au fil de la journée pourrait avoir son importance.
Rester assis plusieurs heures d’affilée, au travail, devant un écran ou dans les transports, fait désormais partie du quotidien de millions de personnes. Mais une étude publiée dans PLOS Medicine montre que la question ne se limite peut-être pas au nombre total d’heures passées sans activité physique : la durée des périodes continues d’immobilité pourrait elle aussi jouer un rôle.
Les chercheurs ont analysé les données de 91 292 participants de la UK Biobank, dont les mouvements avaient été enregistrés à l’aide d’un accéléromètre porté au poignet. Leur état de santé a ensuite été suivi pendant plus de douze ans afin d’étudier l’apparition de cancers et la mortalité liée à la maladie.
L’intérêt du travail réside notamment dans la distinction entre une sédentarité prolongée, marquée par de longues périodes passées sans bouger, et une sédentarité davantage interrompue par des déplacements ou d’autres formes de mouvement au cours de la journée.
Selon les résultats, chaque heure quotidienne supplémentaire passée dans de longues périodes sédentaires était associée à une augmentation d’environ 9 % du risque de décès par cancer. Les chercheurs observent également une hausse plus modeste du risque de développer un cancer, notamment pour certains cancers liés à l’obésité ou au diabète de type 2.
À l’inverse, lorsque le temps sédentaire était davantage fractionné par des mouvements, les associations observées étaient moins défavorables. Ce constat laisse penser que deux personnes passant un nombre comparable d’heures assises pourraient ne pas présenter exactement le même profil de risque si l’une reste immobile pendant de longues séquences alors que l’autre se lève et se déplace régulièrement.
Les chercheurs ont également estimé l’effet potentiel du remplacement d’une partie de cette sédentarité prolongée par de l’activité physique. Remplacer une heure par jour par une activité légère, comme marcher tranquillement ou effectuer des déplacements ordinaires, était associé à une baisse de 12 % du risque de mourir d’un cancer. Des périodes plus courtes d’activité modérée ou intense étaient elles aussi associées à une diminution du risque.
Ces résultats ne signifient toutefois pas que se lever régulièrement suffit à prévenir un cancer. L’étude est observationnelle : elle met en évidence des associations statistiques, mais ne permet pas de démontrer que les longues périodes passées assis sont directement responsables de la maladie.
Les auteurs ont tenu compte de nombreux facteurs connus pour influencer le risque de cancer, comme l’âge, le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation ou encore la situation socio-économique. D’autres différences entre les participants peuvent néanmoins avoir contribué aux résultats. Autre limite importante : l’activité physique n’a été enregistrée que pendant une période relativement courte, puis utilisée comme indicateur des habitudes à plus long terme.
Les mécanismes biologiques susceptibles de relier une sédentarité prolongée au cancer ne sont pas encore totalement établis. Une immobilité importante pourrait notamment favoriser une mauvaise régulation du glucose et de l’insuline, l’accumulation de graisse corporelle ou certains phénomènes inflammatoires, autant de facteurs déjà impliqués dans plusieurs maladies chroniques.
L’étude ne permet pas non plus de fixer une règle simple, comme se lever obligatoirement toutes les 30 ou 60 minutes. Elle apporte néanmoins un argument supplémentaire en faveur d’un principe de prévention désormais bien établi : réduire autant que possible les longues périodes d’inactivité au cours de la journée.
Pour les personnes qui travaillent principalement assises, le message est donc moins spectaculaire qu’il n’y paraît, mais très concret : bouger davantage ne signifie pas nécessairement pratiquer un sport intense. Se lever, marcher quelques minutes, changer régulièrement de position ou effectuer de petits déplacements peut déjà contribuer à réduire le temps passé dans une immobilité prolongée.
Au-delà de la traditionnelle recommandation de pratiquer une activité physique régulière, cette étude invite ainsi à regarder différemment la sédentarité : ce n’est peut-être pas seulement le nombre d’heures passées assis qui compte, mais aussi la durée pendant laquelle on reste assis sans interruption.
Ouiza Lataman
