Canicule : boire trop d’eau trop rapidement peut aussi devenir dangereux

 

Lorsque les températures grimpent fortement, boire suffisamment d’eau constitue l’un des principaux gestes de prévention contre la déshydratation. Mais contrairement à une idée largement répandue, il ne suffit pas de boire le plus possible. Absorber une quantité excessive d’eau sur une période très courte peut également perturber l’équilibre de l’organisme et, dans certaines circonstances, provoquer une complication potentiellement grave : l’hyponatrémie.

Ce phénomène survient lorsque la concentration de sodium dans le sang devient anormalement basse. Le sodium est un électrolyte indispensable au fonctionnement des cellules, des nerfs et des muscles. Lorsque de grandes quantités d’eau sont ingérées rapidement, les reins peuvent ne pas être en mesure d’éliminer immédiatement tout cet excès. L’eau s’accumule alors dans l’organisme et dilue le sodium sanguin.

Le risque est particulièrement important lorsque la consommation d’eau dépasse largement les capacités d’élimination de l’organisme sur une courte période. La quantité exacte pouvant provoquer un problème varie selon les personnes, leur âge, leur état de santé, leur fonction rénale, leur activité physique et les pertes d’eau et de sodium liées à la transpiration.

La situation peut sembler paradoxale en période de canicule. Sous une forte chaleur, le corps perd effectivement davantage d’eau par la transpiration et il est nécessaire de compenser ces pertes. Mais remplacer uniquement l’eau et en grandes quantités, surtout très rapidement, peut dans certaines situations déséquilibrer la concentration des électrolytes.

Les premières manifestations d’une hyponatrémie peuvent être relativement peu spécifiques. Des nausées, des vomissements, des maux de tête, une sensation de faiblesse ou une fatigue inhabituelle peuvent apparaître. Lorsque la baisse du sodium devient importante, des symptômes neurologiques peuvent survenir, notamment une confusion, une somnolence inhabituelle ou des troubles du comportement.

Les formes sévères constituent une urgence médicale. Une hyponatrémie importante peut entraîner un gonflement des cellules cérébrales et provoquer des complications neurologiques graves. La présence de troubles de la conscience, de confusion importante, de convulsions ou d’une dégradation rapide de l’état général après une consommation massive d’eau doit conduire à rechercher immédiatement une prise en charge médicale.

Ce risque concerne notamment certaines situations de forte activité physique. Lors d’un effort prolongé par temps chaud, une personne peut perdre simultanément de l’eau et du sodium par la transpiration. Si elle compense ces pertes uniquement par de très grandes quantités d’eau sur une courte période, le sodium sanguin peut, dans certaines circonstances, diminuer dangereusement.

La prévention ne consiste donc pas à limiter sa consommation d’eau pendant une canicule. Elle repose plutôt sur une hydratation régulière et adaptée aux pertes de l’organisme. Il est préférable de boire régulièrement au cours de la journée plutôt que d’attendre d’être fortement déshydraté avant d’absorber une quantité importante d’eau en une seule fois.

Les besoins ne sont par ailleurs pas identiques pour tout le monde. Une personne qui reste au repos à l’intérieur d’un logement n’a pas nécessairement les mêmes besoins qu’un travailleur exposé à la chaleur ou qu’une personne pratiquant une activité physique prolongée en extérieur. Les pertes liées à la transpiration doivent être prises en compte.

Certaines personnes nécessitent également une vigilance particulière, notamment les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes souffrant de certaines maladies ou prenant certains traitements susceptibles de modifier l’équilibre hydrique et électrolytique. Pour elles, les recommandations individuelles d’un professionnel de santé peuvent être nécessaires.

Il faut également distinguer l’hyponatrémie liée à une consommation excessive d’eau de la déshydratation, qui reste un risque majeur lors des épisodes de canicule. Une personne qui transpire beaucoup, ne boit pas suffisamment ou perd de l’eau à cause de fièvre, de vomissements ou de diarrhées peut au contraire présenter un déficit hydrique important.

La prudence consiste donc à éviter les deux extrêmes : ne pas suffisamment boire et, à l’inverse, tenter de compenser brutalement en avalant une quantité excessive d’eau en très peu de temps.

En période de canicule, le message de prévention est ainsi simple : l’hydratation est essentielle, mais elle doit rester progressive et adaptée aux besoins de l’organisme. Boire régulièrement, surveiller son état général et tenir compte de l’intensité de la chaleur et de l’activité physique permet de réduire les risques liés aussi bien à la déshydratation qu’à une consommation excessive d’eau.

Nouhad Ourebzani

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