Le « mauvais cholestérol » reste l’un des principaux ennemis silencieux du cœur et des artères. Selon une vaste étude internationale publiée dans JAMA, un taux trop élevé de cholestérol LDL aurait contribué à environ 3,6 millions de décès dans le monde en 2023. Un paradoxe, alors même que le risque individuel a fortement reculé depuis trois décennies.
Le cholestérol LDL ne provoque ni douleur ni symptôme immédiat. Pourtant, lorsqu’il reste trop élevé pendant des années, il favorise progressivement l’accumulation de dépôts dans la paroi des artères. Ces plaques peuvent finir par réduire la circulation du sang ou se rompre brutalement, ouvrant la voie à un infarctus du myocarde ou à un accident vasculaire cérébral.
C’est ce risque silencieux que vient mesurer une nouvelle analyse du Global Burden of Disease 2023, publiée dans JAMA. Les chercheurs estiment qu’en 2023, un taux élevé de LDL a été associé à environ 3,6 millions de décès et à plus de 90 millions d’années de vie en bonne santé perdues à travers le monde.
Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une évolution plus nuancée. Depuis 1990, le taux de mortalité attribuable au LDL élevé a nettement diminué lorsque l’on tient compte du vieillissement de la population. Autrement dit, à âge comparable, les personnes exposées aujourd’hui ont globalement moins de risque d’en mourir qu’il y a trente ans.
Alors pourquoi le nombre total de décès continue-t-il d’augmenter ? Principalement parce que la population mondiale a grandi et vieilli. Il y a aujourd’hui davantage de personnes âgées, donc davantage d’individus exposés aux maladies cardiovasculaires. Les progrès du dépistage et des traitements ont réduit le risque individuel, mais ils ne suffisent pas encore à compenser cette évolution démographique.
L’étude met également en évidence de fortes différences entre les régions du monde. Les pays les plus développés ont enregistré des progrès importants dans la prévention et la prise en charge, tandis que le poids des maladies liées au cholestérol augmente davantage dans plusieurs pays à niveau de développement intermédiaire.
Pour les médecins, le message reste clair : le cholestérol LDL doit être interprété dans le cadre du risque cardiovasculaire global. Un chiffre modérément élevé n’a pas la même signification chez une personne jeune sans autre facteur de risque que chez un patient diabétique, hypertendu ou ayant déjà subi un infarctus.
C’est pourquoi il n’existe pas une valeur « idéale » identique pour tout le monde. Plus le risque cardiovasculaire est élevé, plus les objectifs de LDL fixés par les médecins sont généralement bas.
L’alimentation, l’activité physique, l’arrêt du tabac et le contrôle du poids restent des éléments importants de prévention. Mais chez certaines personnes, ils ne suffisent pas à faire baisser suffisamment le LDL et un traitement médicamenteux devient nécessaire.
La nouvelle étude rappelle ainsi une réalité parfois oubliée : les maladies cardiovasculaires peuvent progresser pendant des années sans donner le moindre signal. Connaître son taux de cholestérol, en particulier lorsque l’on présente d’autres facteurs de risque, reste donc l’un des moyens les plus simples d’agir avant que les artères ne soient durablement atteintes.
Ouiza Lataman
