Dans le cadre de ses rendez-vous hebdomadaires avec notre journal Esseha, le Dr Kahina Mezmar a choisi d’aborder cette fois le délicat sujet de l’énurésie chez l’enfant.
Afin de mieux mettre en situation les parents inquiets, le Dr Mezmar fait savoir d’emblée que « généralement, les parents commencent à s’inquiéter quand l’enfant a plus de 5 ans et continue à mouiller son lit la nuit ». Cette affection, plus fréquente chez les garçons que chez les filles, est divisée en deux sortes : en l’occurrence l’énurésie primaire et elle concerne l’enfant qui n’a jamais été propre la nuit et l’énurésie secondaire qui concerne l’enfant qui a été propre pendant au moins 6 mois et qui refait pipi au lit », a encore indiqué la pédopsychiatre, avant d’expliquer que : « concernant l’énurésie primaire, elle peut être isolée, c’est-à-dire que l’enfant mouille son lit la nuit, d’autres enfants mouillent leur pantalon durant la journée parce qu’ils ne peuvent pas se retenir. J’invite donc les parents dont l’enfant a de telles manifestations de consulter un généraliste ou un pédiatre afin qu’il le prenne en charge ou l’oriente vers un spécialiste ».
Pour ce qui concerne l’énurésie secondaire, le Dr Mezmar a précisé que « l’enfant peut également avoir une fièvre, des difficultés à uriner et des douleurs en urinant. Il boit aussi beaucoup et urine fréquemment. Dans ce cas également, l’enfant doit être ausculté par un médecin parce qu’il peut avoir une infection urinaire, un diabète, un manque d’ADH, une hormone antidiurétique et là, pour en être sûr, il faut explorer. L’énurésie peut, enfin, être héréditaire ». Elle se voudra, cependant rassurante, en disant que « les parents ne doivent s’inquiéter sauf s’il s’agit d’une énurésie secondaire avec tous les symptômes que je viens d’énumérer ».
S’attardant sur l’énurésie isolée – c’est-à-dire que l’enfant n’a jamais été autonome et ne fait pipi que la nuit -, plus fréquente chez les enfants, la pédopsychiatre expliqué que « les parents doivent garder en tête le fait que l’enfant ne fait pas exprès. Deuxième chose importante, on ne doit pas le vexer, ni parler de ce problème avec d’autres personnes, même si elles sont de la famille (tantes, oncles…), on ne doit pas le punir, l’engueuler ou lui dire des mots blessants car cela ne fera que diminuer la confiance qu’il a en lui. Au contraire, on doit lui redonner confiance pour l’aider à déculpabiliser et à acquérir cette autonomie ».
Elle recommandera aux parents de suivre une certaine hygiène de vie, d’abord en veillant à ce que leur enfant boive beaucoup d’eau durant la journée pour activer sa vessie mais il ne doit plus prendre de liquide à partir de 18h. Le dernier verre d’eau doit être pris au moment du diner. Il faut s’abstenir de lui donner des fruits gorgés d’eau et bannir les boissons gazeuses, notamment celles riches en caféine. « Au moment du coucher, il faut laisser une veilleuse allumée dans sa chambre pour qu’il n’ait pas peur de se réveiller la nuit s’il a envie d’aller aux WC ». « La pédopsychiatre a, par ailleurs, suggéré que l’enfant fasse pipi avant d’aller au lit, de même qu’il serait préférable de le réveiller vers minuit pour qu’il aille aux toilettes, sauf s’il est du genre à rechigner pour se réveiller, à ce moment, il vaut mieux le laisser dormir » et de donner une petite astuce pour motiver l’enfant : « on peut faire un tableau ludique avec des cases pour chaque jour de la semaine et tous les matins, il dessine dans une des cases soit un nuage s’il a fait pipi ou un soleil s’il s’est réveillé propre. A la fin de la semaine, on le récompense s’il a eu plus de soleils que de nuages. Dans le cas contraire, il faut l’encourager à faire mieux la semaine prochaine pour avoir un cadeau ».
Selon elle, il n’y a pas d’inquiétude à avoir tant que l’enfant est jeune « certains ont une énurésie jusqu’à 14 ou 15 ans ».
Le Dr Mezmar a fait encore savoir qu’il était « fortement déconseillé de frapper un enfant parce qu’il a fait pipi, cela ne lui rend pas service, au contraire, cela ne fera que le démoraliser. S’il ne fait pas pipi durant la journée, il finira bien par devenir autonome. Il suffit juste de respecter l’hygiène de vie, telle qu’indiquée plus haut et éviter les insultes et les moqueries », a-t-elle attesté.
Pour ce qui est du traitement médical, elle a fait savoir qu’il n’était prescrit qu’en dernier recours « on lui préfère l’hygiène de vie », elle relèvera, cependant qu’il y a une autre alternative : « le stop pipi. C’est une alarme qui nous alerte dès que l’enfant commence à lâcher ses premières gouttes. Là, les parents peuvent le réveiller pour l’emmener aux toilettes. On peut aussi apprendre à l’enfant une méthode pour renforcer sa vessie. C’est-à-dire qu’au moment où ils font pipi, ils se lâchent et se retiennent en alternance, c’est une rééducation de la vessie ».
Evoquant l’énurésie secondaire, le Dr Kahina Mezmar a expliqué que c’est quand l’enfant a été autonome puis il se remet à faire pipi. Il y a plusieurs raisons à cela : « comme par exemple la rentrée scolaire pour la première fois, des problèmes familiaux, des disputes entre les parents, le décès d’un proche, un problème affectif…etc. Là, il faut l’emmener chez un psychologue ou pédopsychiatre qui va évaluer la situation et l’aider. S’il s’agit des autres symptômes (fièvre, douleurs, brûlures), il faut aller voir un médecin pour explorer », a-t-elle conclu.
Hassina Amrouni
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