Des muscles volumineux ne signifient pas nécessairement un cœur mieux protégé. Une étude publiée dans Radiology montre que la densité des muscles du thorax et du dos, reflet notamment de leur infiltration graisseuse, est associée au risque d’infarctus et de décès. Une découverte qui pourrait permettre aux scanners cardiaques de livrer, à l’avenir, davantage d’informations sur le risque cardiovasculaire.
Et si un scanner du cœur pouvait aussi révéler quelque chose de l’état des muscles ? C’est ce que suggèrent de nouveaux travaux menés à partir des données de 1 722 patients ayant bénéficié d’un scanner coronaire pour des douleurs thoraciques.
Les chercheurs se sont intéressés aux muscles du thorax et du dos visibles sur ces images. Grâce à un outil d’intelligence artificielle, ils ont mesuré leur volume, mais surtout leur densité, un paramètre qui renseigne indirectement sur leur composition. Un muscle moins dense contient généralement davantage de graisse infiltrée entre ses fibres, alors qu’un muscle plus dense présente une composition considérée comme plus favorable.
Au cours du suivi, 106 participants ont été victimes d’un infarctus du myocarde et 133 sont décédés. Les analyses montrent que les personnes dont les muscles étaient les plus denses présentaient globalement un risque cardiovasculaire plus faible.
Une augmentation de dix unités de la densité musculaire était ainsi associée à une baisse d’environ 31 % du risque d’infarctus dans les premières analyses et à une diminution de 39 % du risque de décès. Même après prise en compte du score calcique coronaire, qui permet d’estimer la quantité de dépôts calcifiés dans les artères du cœur, l’association avec le risque d’infarctus persistait.
À l’inverse, les personnes dont la densité musculaire se situait sous la médiane présentaient un risque d’infarctus supérieur de 58 % et une mortalité plus élevée de 85 %. Ces résultats doivent cependant être interprétés avec prudence : ils décrivent une association et ne prouvent pas que la mauvaise qualité musculaire provoque directement les événements cardiovasculaires.
C’est précisément là que l’étude apporte une nuance importante. Le volume musculaire, à lui seul, ne semblait pas jouer le même rôle. Avoir des muscles plus développés n’était pas associé à une protection cardiovasculaire particulière. Ce qui paraît davantage compter est leur qualité, autrement dit leur composition et notamment leur moindre infiltration graisseuse.
Cette distinction est importante pour le grand public. Il ne s’agit donc pas de conclure que la musculation des pectoraux ou du dos protège de l’infarctus. La densité musculaire pourrait plutôt être le reflet d’un meilleur état général, d’une activité physique plus régulière ou d’un métabolisme plus favorable.
L’étude s’inscrit d’ailleurs dans un ensemble de travaux montrant que la santé musculaire et la santé cardiovasculaire sont étroitement liées. L’activité physique régulière contribue à préserver les muscles, améliore la sensibilité à l’insuline, aide à contrôler le poids et la pression artérielle et réduit plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire.
L’intérêt le plus concret de cette recherche pourrait toutefois venir de l’imagerie médicale. Les scanners utilisés avaient été réalisés initialement pour étudier les artères coronaires. L’intelligence artificielle permet désormais d’exploiter les mêmes images pour extraire des informations supplémentaires sur les muscles, sans nouvel examen ni irradiation supplémentaire.
Si ces résultats sont confirmés, la densité musculaire pourrait ainsi devenir un indicateur complémentaire du risque cardiovasculaire. Un même scanner pourrait alors renseigner à la fois sur l’état des artères et sur certains marqueurs de la santé générale du patient.
Le message essentiel reste toutefois simple : en matière de prévention cardiovasculaire, avoir des muscles volumineux n’est pas nécessairement synonyme de meilleure protection. Leur qualité pourrait être bien plus informative que leur taille.
Ouiza Lataman
