Médecine, chirurgie et IA: Des experts s’expriment lors des 22e Journées médico-chirurgicales d’El-Eulma

En marge des 22èmes Journées médico-chirurgicales d’El-Eulma, organisées par l’Association du Corps Médical d’El-Eulma (ACMEE), plusieurs spécialistes de renom ont partagé leur expertise sur des thématiques médicales actuelles, allant de l’oncologie orthopédique à l’intelligence artificielle, en passant par la chirurgie mammaire et la prévention des infections chez les soignants.
Le Pr Zoubir Kara, agrégé en orthopédie et traumatologie, spécialisé en oncologie osseuse, a souligné au micro d’Esseha, l’importance de cette rencontre annuelle : « c’est un congrès multidisciplinaire où sont soulevées des questions de médecine, de pneumologie, d’urologie, d’orthopédie, de chirurgie générale, mais aussi de l’intelligence artificielle qui fait actuellement un grand progrès dans notre pays et il faut s’y mettre ». Lors de son intervention intitulée « Que doit faire le médecin généraliste devant une tumeur des parties molles ? », le spécialiste a insisté sur l’importance d’une démarche rigoureuse : « Un diagnostic apparemment facile peut avoir des conséquences graves s’il n’est pas accompagné d’une réflexion clinique approfondie et d’examens complémentaires ». Il a particulièrement mis l’accent sur la nécessité de passer par un examen anatomo-pathologique avant toute chirurgie, afin de garantir des résultats fonctionnels optimaux et préserver la vie du patient : « Il faut sensibiliser les généralistes à la conduite à tenir face à une petite masse suspecte, pour minimiser les séquelles », a-t-il précisé.
Le Dr Amina Abdelouahab est intervenant, quant à elle, sur un sujet qui touche de nombreuses femmes : les douleurs mammaires, aussi appelée maslatgies ou mastodynies. Selon elle « c’est de loin le motif de consultation le plus fréquent ». « Beaucoup de femmes viennent parce qu’elles ont mal aux seins et s’inquiètent. Très souvent, elles pensent au cancer. Il y a une vraie peur derrière cette douleur, une forme de cancérophobie », a-t-elle affirmé. Aborder ce sujet était important pour aider à mieux comprendre ces douleurs et surtout à rassurer. « La douleur mammaire n’est pas forcément liée à un cancer », a-t-elle rappelé. En réalité, « seuls 5% des cancers du sein sont associés à une douleur », mais cela ne signifie pas qu’il faut la négliger. « Il est important de l’explorer, de faire un bon examen, de traiter ce qui peut l’être, et surtout de ne pas laisser l’angoisse s’installer ». L’espoir est qu’« en expliquant clairement les choses, on soulage 60% des femmes. Rien que le fait de savoir que cette douleur n’est pas le signe de cancer apaise ».
De son côté, le Pr Nabil Benachenou, spécialiste en chirurgie mammaire à Blida, a défendu l’importance de la reconstruction mammaire dans la prise en charge du cancer du sein : « Ce n’est pas une chirurgie de luxe, elle est destinée à toutes les femmes concernées par cette pathologie », a-t-il déclaré. Face à une population de patientes de plus en plus jeunes (12% ont moins de 35 ans) et à la rareté des services spécialisés, il a plaidé pour une démocratisation de cette chirurgie réparatrice. « Lors de la première consultation, nous informons la patiente de l’ablation du sein et lui présentant le projet de reconstruction cela lui donne un objectif après la chimiothérapie une perspective qui facilite le deuil de son sein », a indiqué le spécialiste, avant d’ajouter qu’en Algérie, les techniques les plus répandues sont les lambeaux du grand dorsal, souvent associée à une prothèse. « Une fois reconstruite, la patiente peut reprendre une vie aussi normal que possible », a-t-il assuré. Le professeur a aussi salué la richesse des échanges lors de cette journée marquée par la présence de spécialistes internationaux : « Des de l’intelligence artificielle, venus de France et des États-Unis ont exprimé leur volonté de transmettre leur savoir aux jeunes médecins algériens ».
C’est justement sur l’apport de l’intelligence artificielle que s’est exprimé le Dr Fouad Bousetouane, expert basé aux Etats-Unis : « J’ai présenté une communication sur l’influence de l’intelligence artificielle dans le domaine médical, notamment en chirurgie et imagerie médicale, et sur la manière dont la robotique pourrait transformer la chirurgie à l’avenir ». Il a également abordé les enjeux éthiques posés par ces nouvelles technologies : « Il est essentiel de développer une IA responsable », a-t-il indiqué. Pour lui, l’intégration de cette technologie n’est plus une option : « L’IA n’est pas un choix mais une nécessité. Peu importe la spécialité, chacun doit comprendre que c’est une technologie stratégique qui va changer le monde », a-t-attesté.
Enfin, le Dr Yahia Abdelmoumen Mekki, virologue-expert aux Hospices Civils de Lyon, a axé son intervention sur la protection des soignants face au risque infectieux : »Ma communication portait sur la manière dont le personnel médical et paramédical peut se prémunir des infections, que ce soit lors de soins ou d’interventions chirurgicales ». Il a insisté sur l’importance de sensibiliser les médecins généralistes, notamment ceux du secteur privé, en contact quotidien avec les patients : « Il est essentiel de leur apporter des données actualisée pour qu’ils puissent protéger leur propre santé », a fait savoir le Dr Mekki.
Hassina Amrouni

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