L’Algérie affiche une ambition croissante dans le domaine des thérapies innovantes, avec le projet de création d’un institut national dédié aux traitements cellulaires et géniques. La rencontre organisée mardi 3 novembre 2026 entre le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Wassim Kouidri, l’ambassadrice de Suisse en Algérie et une délégation du groupe Novartis remet en lumière les perspectives de développement de ces technologies médicales et les défis que représente leur introduction dans le système de santé national.
Les thérapies cellulaires et géniques constituent aujourd’hui l’un des domaines les plus prometteurs de la médecine moderne. Contrairement aux traitements conventionnels, qui agissent généralement sur les manifestations ou les mécanismes d’une maladie, certaines de ces approches cherchent à intervenir directement sur les cellules ou les anomalies génétiques impliquées dans son développement.
Dans le traitement de certains cancers du sang, notamment, les thérapies cellulaires CAR-T ont déjà démontré leur intérêt clinique. Elles reposent sur le prélèvement de cellules immunitaires du patient, leur modification en laboratoire afin de leur permettre de reconnaître certaines cellules cancéreuses, puis leur réintroduction dans l’organisme. Ces traitements sont désormais utilisés dans plusieurs pays pour des indications précises, notamment certaines leucémies et certains lymphomes.
Les thérapies géniques poursuivent, quant à elles, un objectif différent : corriger, remplacer ou modifier l’expression de certains gènes pour traiter des maladies liées à des anomalies génétiques. Des applications existent déjà pour certaines maladies rares, même si leur utilisation demeure limitée à des indications spécifiques et que de nombreuses approches sont encore au stade de la recherche clinique.
Le groupe suisse Novartis figure parmi les entreprises pharmaceutiques engagées dans ces domaines. Il a notamment développé l’une des premières thérapies CAR-T autorisées et poursuit ses recherches dans les technologies de modification génétique. Son expérience explique l’intérêt que peuvent présenter des échanges avec cette entreprise pour un pays souhaitant développer ses capacités dans les biotechnologies médicales.
En Algérie, cette orientation se concrétise notamment à travers le projet d’Institut algérien de thérapie cellulaire et génique, porté par le groupe public Saidal. La première pierre de cette infrastructure a été posée en juillet 2026, tandis que les préparatifs du projet ont fait l’objet de réunions de suivi au cours des mois suivants. L’objectif annoncé est de développer des capacités nationales dans un domaine thérapeutique qui nécessite aujourd’hui des infrastructures hautement spécialisées.
Toutefois, le développement de ces technologies soulève des défis qui dépassent largement la construction de bâtiments et l’acquisition d’équipements. La fabrication de produits de thérapie cellulaire ou génique exige des laboratoires adaptés, des procédures rigoureuses de contrôle de qualité, des professionnels spécialement formés et une coordination étroite entre chercheurs, biologistes, pharmaciens et médecins cliniciens.
La question de l’encadrement réglementaire revêt également une importance particulière. Ces traitements peuvent présenter des risques spécifiques et nécessitent une évaluation scientifique approfondie, une surveillance médicale spécialisée et un suivi prolongé des patients. Leur développement doit donc s’accompagner de dispositifs garantissant leur sécurité et leur efficacité.
L’accessibilité financière constitue un autre enjeu majeur. Certaines thérapies innovantes figurent parmi les traitements les plus coûteux au monde, en raison notamment de la complexité de leur développement et de leur fabrication. Leur introduction dans un système de santé suppose par conséquent une réflexion sur les modalités de financement, les critères de sélection des patients et les conditions d’une prise en charge équitable.
Pour l’Algérie, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à disposer de nouvelles technologies, mais à créer les conditions scientifiques, médicales et économiques permettant leur utilisation effective. La formation des compétences nationales, le développement de la recherche clinique et la maîtrise progressive des procédés de production seront déterminants.
Les discussions engagées avec Novartis pourraient contribuer à explorer certaines de ces perspectives. À ce stade, aucune convention spécifique ni participation de l’entreprise suisse au projet d’institut n’a toutefois été annoncée.
Au-delà des ambitions industrielles, c’est finalement la capacité à rendre ces innovations accessibles aux patients qui permettra de mesurer les progrès réalisés. Car la véritable avancée ne résidera pas seulement dans l’introduction de technologies de pointe, mais dans leur intégration à une offre de soins sûre, durable et adaptée aux besoins de la population.
Tinhinane B
