Équipements médicaux : l’Algérie veut mieux identifier les besoins de ses hôpitaux

Disposer d’un appareil médical ne signifie pas nécessairement pouvoir l’utiliser. Entre les équipements immobilisés pour des raisons techniques, les besoins de maintenance, le manque de personnel qualifié et les disparités entre établissements, la disponibilité effective du matériel constitue un enjeu majeur pour le fonctionnement des structures sanitaires. C’est notamment à ces difficultés que pourrait répondre le nouveau référentiel national des équipements de santé, officiellement lancé mardi 3 novembre 2026 par le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudène.

Ce nouvel instrument vise à améliorer la connaissance du parc national d’équipements médicaux et à harmoniser les critères utilisés pour déterminer les besoins des établissements sanitaires. Il couvre 38 spécialités médicales et huit pôles techniques transversaux, avec 716 catégories d’équipements et 1 403 utilisations répertoriées. Les matériels sont classés selon quatre niveaux de prise en charge, en distinguant les équipements indispensables, recommandés ou inadaptés à chaque niveau de soins.

Au-delà de cette classification, l’un des principaux intérêts du dispositif réside dans la possibilité d’obtenir une vision plus précise de la répartition territoriale des équipements. Le référentiel s’accompagne d’outils numériques permettant d’identifier les matériels disponibles, leur état de fonctionnement et les besoins exprimés par les établissements. Une cartographie nationale doit notamment faciliter le repérage des insuffisances et des déséquilibres entre les différentes régions.

Cette dimension territoriale représente un enjeu important pour les patients. La présence d’un équipement spécialisé dans un établissement éloigné ne garantit pas nécessairement son accessibilité à l’ensemble de la population. Les distances à parcourir, les délais d’attente et la capacité réelle des services à assurer les examens ou les traitements peuvent considérablement influencer les conditions de prise en charge.

Une meilleure connaissance des équipements disponibles pourrait ainsi contribuer à orienter les investissements vers les structures qui en ont le plus besoin. Encore faudra-t-il que les décisions d’acquisition reposent sur des données régulièrement actualisées et tiennent compte de l’activité réelle des services, des besoins des populations et des ressources humaines disponibles.

La maintenance constitue un autre aspect essentiel de cette démarche. Un scanner, un appareil d’imagerie médicale ou un équipement de réanimation peut représenter un investissement considérable, mais perdre toute utilité lorsqu’il reste immobilisé pendant une période prolongée. Les conséquences ne se limitent pas au coût financier : elles peuvent entraîner le report d’examens, perturber l’organisation des services et obliger les patients à rechercher une prise en charge dans d’autres établissements.

Le ministère entend précisément intégrer cette dimension dans la gestion du parc médical. Le nouveau référentiel doit permettre d’évaluer les équipements sur l’ensemble de leur durée d’utilisation, en prenant en compte non seulement leur prix d’acquisition, mais également les coûts d’installation, de maintenance, de pièces de rechange, de consommables et de formation du personnel.

Cette approche pourrait contribuer à éviter certaines acquisitions insuffisamment adaptées aux capacités des établissements. L’achat d’un matériel performant ne présente en effet qu’un intérêt limité lorsque les conditions nécessaires à son exploitation ne sont pas réunies. La disponibilité des compétences techniques, la continuité de l’approvisionnement en consommables et l’existence d’un dispositif de maintenance sont autant de facteurs déterminants.

Le référentiel doit également s’articuler avec la plateforme numérique de suivi et de maintenance des équipements sanitaires, connue sous l’acronyme SMES, que le ministère présente comme pleinement opérationnelle. L’association de ces deux instruments pourrait faciliter le suivi des matériels et améliorer la programmation de leur entretien et de leur remplacement.

Reste toutefois la question de leur utilisation effective par les établissements. La fiabilité d’un tel système dépend largement de la qualité des informations renseignées, de leur actualisation et de la capacité des responsables à exploiter les données pour prendre des décisions. Un inventaire, même détaillé, ne permet pas à lui seul de résoudre les insuffisances matérielles ou organisationnelles du système hospitalier.

Le ministère prévoit également de s’appuyer sur ce référentiel pour encadrer les demandes d’acquisition et hiérarchiser les investissements. L’objectif annoncé est de privilégier des critères objectifs, tenant compte notamment de la sécurité des patients, de l’état des équipements, de leur durée de vie et du volume d’activité des services.

Cette évolution pourrait favoriser une répartition plus rationnelle des ressources publiques, à condition que les besoins identifiés donnent effectivement lieu à des décisions budgétaires et organisationnelles adaptées.

Pour les professionnels de santé, l’enjeu sera notamment de disposer d’équipements fiables et disponibles au moment où ils sont nécessaires. Pour les patients, les bénéfices attendus sont plus concrets encore : réduire les déplacements imposés par l’absence de certains examens, limiter les interruptions de service et améliorer les délais de prise en charge.

Le lancement de ce référentiel constitue ainsi une étape dans la modernisation de la gestion des équipements sanitaires. Son efficacité devra néanmoins être appréciée à partir de résultats mesurables, notamment l’évolution du taux de disponibilité des appareils, la réduction des durées d’immobilisation et une meilleure couverture des besoins à travers le territoire.

Car l’amélioration du système de santé ne se mesure pas uniquement au nombre d’équipements acquis ou recensés, mais aussi à leur capacité à fonctionner durablement et à répondre aux besoins des patients.

Tinhinane B

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accept Read More