À l’hôtel Holiday Inn d’Alger, une soirée ramadanesque scientifique consacrée à la formation médicale continue (FMC) des ophtalmologistes s’est tenue en fin de week-end, réunissant plusieurs spécialistes autour de thématiques liées au diagnostic et à la prise en charge du glaucome. L’événement a été organisé par la Société algérienne du glaucome en collaboration avec les laboratoires Genericlab, dans un esprit d’échange scientifique et de partage d’expériences cliniques.
Cette rencontre s’inscrit également dans le cadre de la semaine mondiale du glaucome, période durant laquelle les professionnels de santé multiplient les initiatives de sensibilisation et d’information autour de cette pathologie oculaire qui constitue l’une des principales causes de cécité dans le monde.
Le programme scientifique de la soirée a été structuré autour de communications courtes, concrètes et directement liées à la pratique quotidienne des ophtalmologistes. Les intervenants ont ainsi abordé plusieurs thèmes essentiels, notamment les erreurs d’interprétation du champ visuel liées à la réalisation de l’examen, un sujet crucial pour améliorer la précision du diagnostic.
D’autres présentations ont porté sur la relation entre glaucome et myopie, avec un rappel des pièges diagnostiques et des conduites à tenir, condensé dans une intervention de quinze minutes visant à aller à l’essentiel. Les participants ont également échangé autour de la technique du SLT (trabéculoplastie sélective au laser), avec des conseils pratiques – “tips & tricks” – permettant d’optimiser les résultats thérapeutiques.
La question de la surface oculaire et de son impact sur l’efficacité des traitements a également été abordée. Les spécialistes ont souligné que ce facteur, parfois considéré comme secondaire, joue en réalité un rôle déterminant dans la réussite thérapeutique et l’observance des traitements chez les patients.
En marge de cet événement scientifique, plusieurs spécialistes ont partagé leurs analyses avec le journal Esseha. Le docteur Farid Ait Allaoua, ophtalmologiste libéral exerçant à Kouba, a rappelé que le glaucome demeure une maladie particulièrement insidieuse. Souvent asymptomatique à ses débuts, elle peut évoluer silencieusement pendant de longues années avant d’entraîner des atteintes irréversibles du nerf optique.
Selon lui, plusieurs facteurs de risque doivent alerter et inciter à la vigilance. L’âge constitue l’un des principaux éléments, notamment après 45 à 50 ans. L’hérédité représente également un facteur important, de même que certaines anomalies de la réfraction comme la forte myopie ou l’hypermétropie. Le spécialiste insiste sur le fait que le glaucome demeure une cause fréquente de cécité, d’où l’importance d’un diagnostic précoce.
Le professeur Mustapha Djabbour, chef de service d’ophtalmologie au CHU Bab El Oued et président de la Société algérienne d’ophtalmologie, a pour sa part dressé un tableau général de la situation du glaucome en Algérie. Il souligne que cette pathologie représente un véritable enjeu de santé publique en raison de son caractère silencieux et de la gravité de ses complications lorsqu’elle est diagnostiquée tardivement.
Le professeur insiste notamment sur l’importance du dépistage précoce, qui demeure l’un des moyens les plus efficaces pour limiter les atteintes irréversibles de la vision. Il recommande aux personnes présentant des facteurs de risque, en particulier celles ayant des antécédents familiaux de glaucome ou appartenant aux tranches d’âge les plus exposées, de consulter régulièrement un ophtalmologiste.
Au cours de son intervention, le professeur Djabbour a également évoqué l’intérêt croissant de certains traitements modernes, notamment l’utilisation de collyres sans conservateurs. Ces formulations thérapeutiques permettent de réduire les effets indésirables liés aux conservateurs présents dans certains médicaments, améliorant ainsi la tolérance et l’efficacité des traitements au long cours.
Le spécialiste a par ailleurs mis en avant l’intérêt des rencontres scientifiques telles que cette soirée ramadanesque organisée par la Société algérienne du glaucome en collaboration avec Genericlab. Ces événements offrent aux praticiens l’occasion de renforcer leurs connaissances, de partager leurs expériences et d’actualiser leurs pratiques face aux évolutions constantes de la médecine.
De son côté, le docteur Benmebarek Abderrachid, vice-président de la société savante, a insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation du grand public autour du glaucome. S’il reconnaît que les aspects techniques et thérapeutiques ont été largement abordés lors de cette rencontre scientifique, il estime que l’information et l’éducation du public restent un enjeu majeur.
Selon lui, de nombreuses personnes ignorent encore les risques liés à cette maladie oculaire ou ne réalisent pas l’importance d’un dépistage précoce. Or, une meilleure connaissance de la pathologie permettrait d’encourager les consultations préventives et d’éviter de nombreux cas de perte de vision irréversible.
Cette soirée scientifique illustre ainsi la mobilisation des spécialistes algériens de l’ophtalmologie autour d’un objectif commun : améliorer la prise en charge du glaucome et renforcer la prévention. À travers des formations ciblées et des échanges d’expertise, les professionnels cherchent à affiner leurs pratiques tout en rappelant l’importance d’un diagnostic précoce et d’une meilleure sensibilisation de la population.
Dans un contexte où les maladies oculaires représentent un défi croissant pour les systèmes de santé, ce type d’initiative scientifique contribue à consolider les connaissances médicales et à promouvoir une approche plus proactive dans la lutte contre les causes évitables de cécité.
Nouhad Ourebzani
