Une nouvelle cause génétique de la rétinite pigmentaire identifiée dans l’ARN non codant

Une équipe internationale de chercheurs vient de mettre en évidence un mécanisme génétique inédit à l’origine de certaines formes de Rétinite pigmentaire. Publiée dans la revue Nature Genetics, l’étude révèle que des mutations affectant des ARN nucléaires non codants — les U4 et U6 — peuvent provoquer cette maladie héréditaire de la rétine, élargissant ainsi le spectre des causes génétiques connues.

La rétinite pigmentaire regroupe un ensemble de maladies dégénératives caractérisées par une destruction progressive des photorécepteurs. Les patients présentent généralement une baisse de la vision nocturne, suivie d’un rétrécissement du champ visuel, pouvant évoluer vers une perte sévère de la vision. Malgré l’identification de nombreux gènes impliqués, une proportion importante de cas reste sans explication génétique.

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont identifié des variants dominants — hérités ou apparus spontanément — dans les gènes RNU4-2 et dans plusieurs gènes RNU6, responsables de la production des ARN nucléaires U4 et U6. Ces molécules appartiennent à une machinerie cellulaire essentielle appelée spliceosome, chargée d’assurer l’épissage des ARN messagers avant la synthèse des protéines.

L’analyse génétique de milliers de patients atteints de rétinite pigmentaire a permis d’identifier ces anomalies chez 153 personnes issues de 67 familles distinctes. Les mutations se concentrent dans une région structurale précise où les ARN U4 et U6 interagissent avec des facteurs d’épissage déjà impliqués dans certaines formes de la maladie.

Les expériences fonctionnelles montrent que ces variants perturbent l’assemblage normal du spliceosome. Cette altération ralentit le processus d’épissage de l’ARN, entraînant un dysfonctionnement cellulaire susceptible d’affecter particulièrement les photorécepteurs, des cellules très sensibles aux perturbations du métabolisme génétique.

Les chercheurs estiment que ces mutations pourraient expliquer près de 1,4 % des cas de rétinite pigmentaire restés jusqu’ici sans diagnostic génétique, un chiffre significatif dans une maladie caractérisée par une extrême diversité de causes moléculaires.

Au-delà de cette avancée diagnostique, l’étude souligne surtout l’importance des régions non codantes du génome, longtemps négligées dans l’analyse génétique des maladies héréditaires. Alors que la majorité des recherches se concentre traditionnellement sur les gènes produisant des protéines, ces travaux démontrent que des anomalies touchant des ARN fonctionnels peuvent également jouer un rôle déterminant dans l’apparition de pathologies.

Cette découverte ouvre également de nouvelles perspectives thérapeutiques. En ciblant les mécanismes d’épissage perturbés, il pourrait être possible à l’avenir de développer des approches de médecine génétique capables de corriger ces anomalies moléculaires et de ralentir la progression de la maladie.

Pour les chercheurs, ces résultats constituent ainsi une avancée majeure dans la compréhension des bases génétiques de la rétinite pigmentaire et rappellent que le génome humain recèle encore de nombreuses zones inexplorées susceptibles d’éclairer l’origine de maladies rares.

Ouiza Lataman

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