Et si l’un des moyens les plus simples de gagner des années de vie consistait à consacrer seulement deux heures par semaine au renforcement musculaire ? C’est la conclusion d’une vaste étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine, qui suggère qu’une pratique modérée mais régulière de la musculation est associée à une diminution significative du risque de décès, notamment d’origine cardiovasculaire et neurologique.
Les travaux, menés par des chercheurs américains, ont analysé les données de 147 374 adultes suivis pendant près de trois décennies dans le cadre de trois grandes cohortes épidémiologiques. L’objectif était d’évaluer l’impact à long terme des exercices de renforcement musculaire sur la mortalité toutes causes confondues ainsi que sur les décès liés aux maladies cardiovasculaires, aux cancers et aux maladies neurologiques. Les résultats ont été relayés par ScienceDaily.
L’analyse révèle qu’un volume hebdomadaire de musculation compris entre 90 et 120 minutes semble constituer le seuil optimal pour obtenir les bénéfices les plus importants. Les personnes atteignant ce niveau d’activité présentaient un risque de décès toutes causes confondues inférieur de 13 % à celui des personnes ne pratiquant aucun exercice de renforcement musculaire. Elles affichaient également une réduction de 19 % du risque de décès cardiovasculaire et de 27 % du risque de mortalité liée aux maladies neurologiques.
L’un des enseignements les plus intéressants de cette étude réside dans l’existence d’un effet plafond. Contrairement à l’idée selon laquelle « plus est toujours mieux », les chercheurs n’ont pas observé de bénéfices supplémentaires significatifs au-delà de deux heures hebdomadaires. Cette constatation suggère qu’une pratique raisonnable et régulière pourrait être aussi efficace qu’un entraînement beaucoup plus intensif lorsqu’il s’agit de préserver sa santé à long terme.
Les résultats concernant le cancer méritent également l’attention. Même des volumes relativement faibles de musculation étaient associés à une réduction du risque de décès par cancer. Les bénéfices apparaissaient dès les premières dizaines de minutes d’entraînement hebdomadaire, ce qui laisse penser qu’une activité modérée pourrait déjà produire des effets biologiques favorables sur plusieurs mécanismes impliqués dans le développement ou la progression de certaines maladies chroniques.
Toutefois, les auteurs insistent sur un point essentiel : la musculation ne remplace pas l’exercice d’endurance. Les bénéfices les plus importants ont été observés chez les personnes qui associaient le renforcement musculaire à une activité aérobie régulière, comme la marche rapide, la course à pied, le vélo ou la natation. Chez ces participants, le risque de décès pouvait être réduit de près de moitié par rapport aux personnes les plus sédentaires.
Au-delà des chiffres, cette étude illustre l’évolution du regard porté sur la musculation. Longtemps associée à la performance sportive ou à l’esthétique corporelle, elle est aujourd’hui considérée comme un véritable outil de prévention. En préservant la masse musculaire, la force, l’équilibre, la mobilité et le métabolisme, le renforcement musculaire contribue à limiter la fragilité liée au vieillissement et à réduire le risque de nombreuses maladies chroniques.
Les chercheurs rappellent néanmoins que leurs conclusions reposent sur une étude observationnelle. Elles mettent en évidence une association forte entre la pratique de la musculation et une meilleure longévité, sans pouvoir démontrer avec certitude un lien de cause à effet. D’autres facteurs liés au mode de vie, à l’alimentation ou à l’état de santé général des participants peuvent également intervenir.
Une conclusion s’impose toutefois : pour améliorer durablement sa santé, il n’est pas nécessaire de passer sa vie dans une salle de sport. Deux séances hebdomadaires totalisant environ deux heures de renforcement musculaire, associées à une activité physique régulière, pourraient déjà représenter un investissement particulièrement rentable pour vieillir en meilleure santé et réduire le risque de décès prématuré.
Ouiza Lataman
