Mélanome : une vaste étude génétique éclaire le lien entre grains de beauté et risque de cancer de la peau

Avoir de nombreux grains de beauté est depuis longtemps considéré comme un facteur de risque important de mélanome. Une vaste étude internationale publiée dans Nature Communications permet désormais de mieux comprendre pourquoi. En analysant le génome de près de 86 000 personnes, des chercheurs ont identifié plusieurs dizaines de régions génétiques associées au nombre de nævus et montré que presque toutes sont également liées, directement ou indirectement, au risque de mélanome.

Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur la biologie de ce cancer de la peau, dont le développement ne dépend pas seulement de l’exposition aux rayons ultraviolets ou de la couleur de la peau. Ils suggèrent qu’une partie de la prédisposition au mélanome repose également sur des mécanismes génétiques impliqués dans la croissance des cellules, leur survie et le fonctionnement du système immunitaire.

Les grains de beauté, appelés nævus mélanocytaires en médecine, sont des lésions cutanées généralement bénignes formées par l’accumulation de mélanocytes, les cellules responsables de la pigmentation. Leur nombre varie fortement d’une personne à l’autre. Cette différence s’explique en partie par l’exposition solaire, mais aussi largement par l’hérédité.

Pour explorer cette dimension génétique, les auteurs de l’étude ont regroupé les résultats de 14 grandes analyses génomiques portant sur 85 965 personnes d’ascendance européenne. Ils ont ainsi identifié 29 régions du génome fortement associées au nombre de grains de beauté. Vingt-quatre d’entre elles n’avaient encore jamais été mises en évidence dans ce contexte.

L’un des enseignements majeurs de l’étude réside dans le chevauchement avec le mélanome : 28 de ces 29 régions génétiques présentent également des indices solides d’implication dans la maladie. Autrement dit, les personnes génétiquement prédisposées à développer davantage de grains de beauté pourraient partager certains mécanismes biologiques favorisant également l’apparition du mélanome.

Cette relation ne signifie toutefois pas qu’un grain de beauté est destiné à devenir cancéreux. La grande majorité des nævus restent bénins tout au long de la vie. L’étude indique plutôt que le nombre de grains de beauté peut constituer le signe visible d’un terrain biologique particulier, lui-même associé à un risque plus élevé de mélanome.

Les chercheurs ont identifié 255 gènes susceptibles de participer aux mécanismes observés. Certains sont impliqués dans la pigmentation, ce qui était attendu. Mais d’autres interviennent dans des fonctions beaucoup plus larges, notamment la régulation de la réponse immunitaire et les mécanismes qui contrôlent la multiplication, la survie ou l’élimination des cellules.

Cette découverte est particulièrement intéressante car elle contribue à dépasser une vision trop simplifiée du mélanome, souvent résumé à la combinaison « peau claire, soleil et coups de soleil ». L’exposition aux ultraviolets demeure l’un des principaux facteurs de risque évitables de la maladie, mais la susceptibilité individuelle dépend aussi d’un ensemble de caractéristiques biologiques héritées.

Les analyses statistiques réalisées par les chercheurs vont également dans le sens d’un lien entre la prédisposition génétique à posséder davantage de nævus et un risque accru de mélanome. Mais les auteurs restent prudents : la génétique ne permet pas, à elle seule, de prédire avec certitude si une personne développera ou non un cancer de la peau.

Les scientifiques ont d’ailleurs élaboré un score combinant de nombreuses variations génétiques afin d’estimer la tendance à avoir davantage de grains de beauté. Pour l’heure, ce score n’explique qu’une faible partie des différences observées entre les individus et n’est pas destiné à être utilisé comme test de dépistage courant.

L’objectif à plus long terme serait plutôt de mieux associer ces informations génétiques aux facteurs déjà utilisés en pratique : nombre et aspect des grains de beauté, antécédents personnels ou familiaux de mélanome, type de peau, exposition aux ultraviolets et épisodes répétés de coups de soleil. Une telle combinaison pourrait, à terme, contribuer à identifier plus précisément les personnes nécessitant une surveillance dermatologique renforcée.

L’étude comporte néanmoins une limite importante : elle a été réalisée uniquement à partir de données provenant de personnes d’ascendance européenne. Les associations génétiques observées devront donc être confirmées dans des populations plus diverses avant de pouvoir être généralisées.

Pour le grand public, ces travaux ne changent pas les principes de prévention. Une personne ayant de nombreux grains de beauté ne développera pas nécessairement un mélanome, mais elle peut présenter un niveau de risque supérieur et doit être particulièrement attentive à l’évolution de sa peau.

Une lésion qui change rapidement de taille, de forme ou de couleur, devient asymétrique, présente des bords irréguliers, saigne spontanément ou se distingue nettement des autres mérite un avis médical. De même, la protection contre une exposition excessive aux ultraviolets reste essentielle.

Publiée sous le titre « A large-scale genome-wide association meta-analysis for nevus count provides direct insights into the genetics of melanoma », cette étude ne transforme donc pas les grains de beauté en marqueurs génétiques prédictifs du cancer. Elle montre surtout qu’ils constituent une fenêtre visible sur une partie des mécanismes biologiques qui prédisposent au mélanome, et ouvre de nouvelles pistes pour mieux comprendre, et peut-être un jour mieux individualiser, la prévention de ce cancer de la peau.

Ouiza Lataman

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