Mal de dos, arthrose, douleurs cervicales : un fardeau sanitaire qui ne cesse de s’alourdir

Longtemps banalisées parce qu’elles mettent rarement directement la vie en danger, les maladies musculosquelettiques figurent pourtant parmi les principales causes de douleur chronique, de perte de mobilité et de handicap. Une vaste étude portant sur 36 pays à revenu élevé montre que leur poids a fortement augmenté entre 1990 et 2023, sous l’effet notamment du vieillissement de la population et de la progression de certains facteurs de risque.

Mal de dos persistant, arthrose du genou ou de la hanche, douleurs cervicales, polyarthrite rhumatoïde ou encore goutte : derrière le terme de « maladies musculosquelettiques » se cachent des affections très courantes, susceptibles d’altérer durablement la qualité de vie. Elles peuvent limiter la marche, rendre certains gestes difficiles, perturber le sommeil et, dans les formes les plus sévères, entraîner une perte d’autonomie.

Une étude publiée dans les Annals of the Rheumatic Diseases dresse un bilan de leur évolution entre 1990 et 2023. Les chercheurs ont analysé les données de 36 pays à revenu élevé afin d’évaluer le nombre de nouveaux cas, le nombre de personnes vivant avec ces maladies, les années vécues avec un handicap ainsi que leur coût pour les systèmes de santé.

Les résultats montrent une progression nette. En un peu plus de trois décennies, le nombre de personnes vivant avec une maladie musculosquelettique a augmenté de plus de 54 %. Le nombre de nouveaux cas a progressé de près de 37 %, tandis que les années vécues avec un handicap ont augmenté d’environ 49 %.

Ces chiffres bruts doivent toutefois être interprétés avec prudence. Une partie importante de cette hausse s’explique par la croissance et surtout le vieillissement de la population. Lorsque les chercheurs corrigent les résultats pour tenir compte de l’âge, le taux de nouveaux cas diminue légèrement. En revanche, la proportion de personnes vivant durablement avec ces maladies continue de progresser.

Autrement dit, le problème n’est pas seulement que davantage de personnes tombent malades : elles sont aussi plus nombreuses à vivre longtemps avec des douleurs, une mobilité réduite ou un handicap.

Le mal de dos et l’arthrose concentrent une part importante de ce fardeau. L’étude met également en évidence des différences selon le sexe : les femmes sont globalement davantage touchées par la plupart des maladies musculosquelettiques étudiées, tandis que la goutte reste plus fréquente chez les hommes.

Les auteurs attirent aussi l’attention sur plusieurs facteurs de risque modifiables. Le surpoids et l’obésité occupent une place croissante. La part du handicap musculosquelettique attribuable à un indice de masse corporelle élevé est passée de 8,3 % en 1990 à 10,7 % en 2023.

Certaines conditions de travail jouent également un rôle non négligeable. Port de charges, mouvements répétitifs, positions prolongées ou contraintes physiques peuvent favoriser ou aggraver les troubles du dos, des articulations et des muscles. Les risques professionnels ergonomiques représenteraient environ 7,7 % du fardeau étudié.

Le poids économique est lui aussi considérable. Les chercheurs évaluent à près de 328 milliards de dollars les dépenses médicales directes liées aux maladies musculosquelettiques dans les pays étudiés pour la seule année 2023.

Cette estimation ne prend toutefois pas entièrement en compte les conséquences indirectes : arrêts de travail, perte de productivité, incapacité professionnelle, besoin d’aide au quotidien ou perte d’autonomie. Le coût réel pour les sociétés est donc probablement plus large que la seule facture médicale.

L’un des enseignements les plus importants de l’étude est que le développement économique et l’accès à des systèmes de soins performants ne suffisent pas à faire reculer ces maladies. Le vieillissement démographique, la sédentarité, l’excès de poids et certaines expositions professionnelles continuent d’alimenter leur progression.

Ces résultats invitent surtout à ne plus considérer le mal de dos ou l’arthrose comme des problèmes mineurs ou comme une conséquence inévitable de l’âge. L’activité physique régulière, le maintien d’un poids adapté, l’amélioration de l’ergonomie au travail et une prise en charge précoce des douleurs persistantes peuvent contribuer à réduire leur impact.

À mesure que l’espérance de vie augmente, l’enjeu n’est donc plus seulement de vivre plus longtemps, mais de préserver aussi longtemps que possible la capacité de marcher, de travailler et de rester autonome. C’est ce qui fait des maladies musculosquelettiques, souvent sous-estimées, un véritable défi de santé publique.

Ouiza Lataman

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