Cancers précoces : le vieillissement biologique accéléré, une piste pour comprendre leur progression

Pourquoi certains cancers touchent-ils davantage les nouvelles générations avant 55 ans ? Une vaste étude publiée dans Nature Medicine suggère que le vieillissement biologique accéléré pourrait faire partie de l’explication. À âge égal, les personnes nées plus récemment semblent présenter davantage de signes d’usure physiologique, eux-mêmes associés à un risque plus élevé de plusieurs cancers précoces.

L’âge inscrit sur l’état civil ne raconte pas toute l’histoire du vieillissement. Deux personnes de 45 ans peuvent présenter un état physiologique très différent : l’une peut avoir un organisme correspondant globalement à son âge, tandis que l’autre montre des signes biologiques d’un vieillissement plus avancé.

Cette différence pourrait contribuer à éclairer une tendance qui inquiète les chercheurs depuis plusieurs années : la progression de certains cancers chez les adultes relativement jeunes.

Dans une étude publiée dans Nature Medicine, des chercheurs ont analysé les données de plus de 154 000 participants de la UK Biobank, au Royaume-Uni, et comparé leurs observations à celles de plus de 10 000 participants américains du programme All of Us.

Leur travail montre d’abord un phénomène générationnel : à âge comparable, les générations les plus récentes semblent biologiquement plus âgées que celles qui les ont précédées. Chez les participants britanniques, les personnes nées entre 1965 et 1974 présentaient ainsi des signes de vieillissement biologique plus marqués que celles nées entre 1950 et 1954.

Pour parvenir à cette estimation, les scientifiques ne se sont pas contentés de compter les années. Ils ont utilisé plusieurs indicateurs construits à partir de paramètres sanguins, métaboliques et protéiques permettant d’évaluer l’état général de l’organisme.

La deuxième observation est particulièrement intéressante : plus le vieillissement biologique était avancé, plus le risque de développer certains cancers avant 55 ans augmentait.

Pour l’un des principaux indicateurs utilisés, une augmentation du vieillissement biologique était associée à une hausse de 8 % du risque global de cancer précoce. L’association était particulièrement nette pour certains types de tumeurs.

Le lien le plus marqué concernait le cancer du poumon, avec une augmentation relative du risque de 57 %. Des associations étaient également observées pour les cancers gastro-intestinaux, avec une hausse de 17 %, ainsi que pour le cancer de l’utérus, où elle atteignait 31 %.

Ces résultats persistaient même après prise en compte de plusieurs facteurs susceptibles d’influencer le risque de cancer, notamment le tabagisme, le poids, l’alimentation, l’activité physique, la consommation d’alcool ou encore certaines prédispositions génétiques.

Les chercheurs se sont aussi intéressés au vieillissement de différents organes. Leurs analyses suggèrent notamment qu’un vieillissement plus marqué du système immunitaire pourrait être associé au cancer du poumon précoce, tandis que le vieillissement du tissu adipeux pourrait être lié au cancer colorectal survenant à un âge jeune.

Ces observations doivent néanmoins être interprétées avec prudence. L’étude ne démontre pas que le vieillissement biologique accéléré provoque directement un cancer. Elle met en évidence une association, et non une relation certaine de cause à effet.

L’âge biologique pourrait plutôt constituer le reflet de nombreuses expositions accumulées au cours de la vie. Excès de poids et troubles métaboliques apparaissant plus tôt, sédentarité, alimentation déséquilibrée, perturbation du sommeil ou exposition à certains facteurs environnementaux pourraient contribuer à accélérer certains mécanismes du vieillissement tout en favorisant, parallèlement, le développement de cancers.

Cette hypothèse prend une importance particulière face à la progression de certains cancers précoces observée dans plusieurs régions du monde, notamment les cancers colorectal, du sein, de l’utérus ou du rein. Cette évolution ne peut probablement pas être expliquée par une seule cause.

L’intérêt de l’étude est précisément de déplacer quelque peu la question. Plutôt que de demander uniquement pourquoi davantage de jeunes adultes développent un cancer, les chercheurs suggèrent d’examiner également si leur organisme vieillit différemment de celui des générations précédentes.

Il serait toutefois prématuré d’imaginer un simple « test d’âge biologique » capable de prédire qui développera un cancer. Les marqueurs étudiés doivent encore être validés dans des populations plus diverses et suivis sur de longues périodes.

L’étude apporte donc moins une réponse définitive qu’une nouvelle pièce au puzzle des cancers précoces. Elle suggère que leur progression pourrait être liée non seulement à l’exposition à certains facteurs de risque, mais aussi à la manière dont ces facteurs, accumulés au fil des années, modifient progressivement le vieillissement de l’organisme.

Ouiza Lataman

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