La transpiration excessive pourrait, chez certains patients, trouver son origine bien avant les glandes sudoripares. Une étude publiée dans Science Advances met en évidence une anomalie génétique susceptible de dérégler les nerfs qui commandent la sudation. Une découverte qui ne débouche pas encore sur un nouveau traitement, mais qui permet de mieux comprendre certaines formes d’hyperhidrose primaire.
Transpirer est un mécanisme naturel indispensable à la régulation de la température du corps. Chez certaines personnes, cependant, ce phénomène prend des proportions sans rapport avec la chaleur, l’effort physique ou les besoins réels de l’organisme. Les mains peuvent rester constamment humides, les pieds être fortement touchés et les vêtements se retrouver rapidement imprégnés au niveau des aisselles. Lorsque cette situation devient permanente ou difficile à contrôler, elle peut avoir des répercussions importantes sur la vie sociale, professionnelle et quotidienne.
L’hyperhidrose primaire reste pourtant une affection dont les mécanismes sont encore imparfaitement compris. Les traitements disponibles cherchent surtout à réduire la quantité de sueur produite ou à interrompre les signaux qui stimulent les glandes sudoripares. Une équipe internationale de chercheurs s’est intéressée à une autre question : certaines formes de la maladie pourraient-elles être liées à une anomalie génétique affectant directement le système nerveux ?
Pour tenter d’y répondre, les scientifiques ont étudié plusieurs familles dans lesquelles la transpiration excessive touchait plusieurs membres sur plusieurs générations. Leur travail a mis en évidence des modifications de gènes impliqués dans le fonctionnement des canaux sodiques, des protéines essentielles à la transmission des signaux électriques par les cellules nerveuses.
L’attention des chercheurs s’est notamment portée sur le gène SCN10A, qui intervient dans la production d’un canal sodique appelé NaV1.8. Ce canal est connu pour jouer un rôle dans certains neurones et les chercheurs ont montré qu’il était également présent dans une partie des cellules nerveuses du système sympathique, celui qui participe notamment au contrôle de la transpiration.
Chez certains patients étudiés, une modification génétique semblait rendre ces neurones plus réactifs. Le problème ne se situerait donc pas nécessairement au niveau de la glande sudoripare elle-même. Celle-ci pourrait simplement répondre à un signal nerveux devenu anormalement intense, comme si le système de commande de la transpiration fonctionnait en permanence avec une sensibilité excessive.
Les chercheurs ont ensuite tenté de reproduire ce mécanisme chez l’animal. Des souris porteuses de l’une des modifications génétiques identifiées chez l’être humain ont présenté une transpiration excessive. Les expériences ont également montré qu’en réduisant l’activité de certains canaux sodiques ou des circuits nerveux concernés, il était possible de diminuer ce phénomène.
Ces résultats renforcent l’idée que certaines formes d’hyperhidrose pourraient être considérées comme des troubles impliquant directement le système nerveux. Ils ouvrent aussi une piste de recherche intéressante pour les traitements futurs, qui pourraient chercher à agir plus précisément sur les mécanismes nerveux responsables du signal excessif plutôt que de se limiter à bloquer la transpiration au niveau de la peau.
Cette perspective reste toutefois expérimentale. Les résultats obtenus chez la souris ne peuvent pas être transposés automatiquement à l’être humain et aucun nouveau médicament contre l’hyperhidrose ne découle, à ce stade, de cette étude. Les chercheurs soulignent également que toutes les formes de transpiration excessive ne sont probablement pas liées au même mécanisme génétique.
L’intérêt de ce travail réside justement dans cette distinction. L’hyperhidrose pourrait ne pas constituer une maladie unique, mais regrouper plusieurs mécanismes différents aboutissant au même symptôme. Identifier plus précisément l’origine du trouble chez chaque patient pourrait, à terme, permettre de mieux adapter les traitements et d’éviter une prise en charge identique pour des situations biologiquement différentes.
Cette étude contribue ainsi à modifier le regard porté sur une affection encore souvent perçue comme un simple désagrément. Chez certains patients, la transpiration excessive pourrait être le signe visible d’un dérèglement beaucoup plus profond, situé dans les circuits nerveux qui commandent les glandes sudoripares. C’est cette meilleure compréhension du mécanisme, plus que la perspective immédiate d’un traitement, qui constitue aujourd’hui la principale avancée.
Ouiza Lataman
