Les yeux des patients sont-ils sur le point de devenir l’indicateur le plus précis et le plus rapide de la maladie d’Alzheimer ? Une étude publiée dans la revue scientifique Acta Neuropathologica réalisée sur 86 personnes pendant 14 ans a en tout cas montré que des changements repérés dans la rétine peuvent constituer des indicateurs très crédibles.
Les travaux ont mis au jour une « corrélation » entre les modifications intervenant dans la rétine et dans le « cortex entorhinal et temporal », rapporte un compte rendu diffusé, vendredi passé la chaine américaine CNN. Or ces deux zones du cerveau sont centrales dans les fonctions de mémoire, de navigation et de perception du temps, qui font partie des capacités les plus impactées par la maladie d’Alzheimer.
« Notre étude est la première à fournir des analyses approfondies des profils protéiques et des effets moléculaires, cellulaires et structurels de la maladie d’Alzheimer sur la rétine humaine et de leur correspondance avec les modifications du cerveau et de la fonction cognitive », a déclaré l’auteur principal Maya Koronyo-Hamaoui, professeur de neurochirurgie et de sciences biomédicales au Cedars-Sinai à Los Angeles, dans un communiqué repris par CNN.
« Ces changements dans la rétine sont en corrélation avec des changements dans des parties du cerveau appelées cortex entorhinal et temporal, une plaque tournante pour la mémoire, la navigation et la perception du temps », a déclaré Koronyo-Hamaoui.
Les auteurs de l’étude soulignent que l’atrophie tissulaire et l’inflammation dans les cellules de l’extrême périphérie de la rétine s’avèrent être les observations plus prédictives de l’état cognitif des patients.
L’étude, publiée en février dans la revue Acta Neuropathologica, a révélé des augmentations significatives de la bêta-amyloïde, un marqueur clé de la maladie d’Alzheimer, chez les personnes atteintes à la fois de la maladie d’Alzheimer et d’un déclin cognitif précoce.
Les cellules microgliales ont diminué de 80% chez les personnes souffrant de problèmes cognitifs, selon l’étude. Ces cellules sont responsables de la réparation et du maintien d’autres cellules, notamment de l’élimination de la bêta-amyloïde du cerveau et de la rétine.
Interrogé par CNN, Richard Isaacson, un neurologue spécialiste de la prévention de la pathologie n’ayant pas participé aux travaux, a évoqué une possibilité de diagnostic « plus tôt et plus précis » qu’actuellement.
« La maladie commence à se développer dans le cerveau des décennies avant les premiers symptômes de perte de mémoire », a-t-il en effet expliqué.
Selon ce neurologue, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer via les yeux a un grand avantage : il pourrait donner du temps au patient afin que ce dernier puisse agir sur les « facteurs de risque modifiables : l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie et le diabète ».
Synthèse : Ali Djaber
