Au premier semestre 2025, le service de gynécologie du CHU 1er-Novembre 1954 d’Oran a enregistré 158 nouveaux cas de cancer du sein et 53 cancers du col de l’utérus. Au total, 61 mastectomies et 26 hystérectomies ont été réalisées – souvent en urgence, du fait de diagnostics tardifs, selon des chiffres rapportés par Cap dz, un média électronique. Dans ce contexte, chaque patiente bénéficie désormais d’un parcours clinique rigoureux (mammographies, échographies, colposcopies, tests HPV, biopsies, IRM) suivi d’un accompagnement médical, psychologique et social indispensable.
Dimensions nationales : un cancer omniprésent
L’Algérie comptabilise chaque année près de 47 050 nouveaux cas de cancer, toutes localisations confondues, avec le cancer du sein en première place chez les femmes et environ 14 000 cas annuels à lui seul , selon des statistiques communiquées par le ministère de la santé en début 2023, du 6ème Salon de l’Information sur le Cancer (SICAN2023) . Le cancer du col de l’utérus, pour sa part, touche environ 1 600 femmes par an, principalement après 55 ans aux stades 2 et 3 , rapporta Pr. Doudja Hamouda, de l’INSP, lors d’une intervention à l’occasion des 2eme rencontres de la vaccination organisées en 2022 par l’IPA Algérie. Ces chiffres témoignent d’un déficit encore fort en matière de dépistage — notamment de frottis, dont la couverture reste inférieure à 15 % — et mettent en lumière les inégalités d’accès aux soins entre les régions.
Retards de diagnostic : une étape critique trop souvent manquée
En Algérie, les tumeurs diagnostiquées ont un volume médian d’environ 36 mm, avec une atteinte ganglionnaire chez près d’une femme sur trois, et des métastases dès 20 % des cas . L’âge médian reste bas — autour de 47 ans pour le cancer du sein, et près de 12 % des cas avant 35 ans — plaçant le dépistage précoce comme levier de survie stratégique. Pourtant, les examens cliniques – frottis dès 25 ans, mammographie dès 40 — trop souvent négligés, tardent à devenir la règle.
Nouvelles politiques publiques : une inflexion à partir de 2025
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Lors des Assises nationales de prévention et de lutte contre le cancer (3–4 mai 2025 à Alger), 22 sous‑commissions ont été installées sous l’égide du ministère de la Santé pour élaborer une stratégie décennale (2025–2035), axée sur la prévention, le diagnostic et la prise en charge thérapeutique. L’un des objectifs prioritaires : renforcer les parcours de soins et la réintégration sociale post-cancer.
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Un budget significatif a été débloqué pour la Fonds national de lutte contre le cancer, avec une allocation annuelle de 30 milliards DA dès 2024, portée à 70 milliards DA les années suivantes, voire 80 milliards selon certains communiqués officiels . Cette enveloppe vise à moderniser les plateaux techniques, étendre la radiothérapie et assurer une couverture plus équitable.
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Enfin, les spécialistes ont toujours insisté sur l’importance du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) , ciblant les jeunes filles âgées de 12 à 14 ans, afin de prévenir le cancer du col avant toute apparition de lésions .
Vers une routine de dépistage : un impératif de santé publique
Dès 2025, la stratégie nationale appelle à faire passer le dépistage — frottis tous les trois ans dès 25 ans, mammographie dès 40 — d’un geste ponctuel à un acte routine. Des établissements hospitaliers ont amorcé ce mouvement via des campagnes d’auto‑palpation, consultations gratuites et ateliers pédagogiques dès 25 ou 40 ans selon le type de cancer. Il reste toutefois primordial que ces initiatives soient soutenues par la loi : intégration du dépistage dans le paquet minimum de soins, reconnaissance juridique de l’accompagnement psychosocial, et utilisation des nouvelles ressources budgétaires pour garantir une couverture nationale.
Nora S.
