Le compte à rebours est lancé pour l’un des médicaments les plus emblématiques de l’histoire de l’oncologie moderne. À la fin de l’année 2028, le Keytruda, développé par le laboratoire américain MSD (Merck & Co.), perdra la protection de son principal brevet, ouvrant ainsi une nouvelle étape pour l’industrie pharmaceutique mondiale.
Depuis son lancement, ce traitement d’immunothérapie, dont le principe actif est le pembrolizumab, s’est imposé comme une référence dans la prise en charge de nombreux cancers. Son succès médical s’est accompagné de performances commerciales exceptionnelles. En près d’une décennie, le médicament a généré plus de 160 milliards de dollars de ventes cumulées et représente aujourd’hui près de la moitié du chiffre d’affaires de MSD.
L’expiration du brevet permettra l’arrivée progressive de biosimilaires, des médicaments biologiques très proches du produit de référence. Contrairement aux médicaments génériques classiques, qui reproduisent des molécules obtenues par synthèse chimique, les biosimilaires sont développés à partir d’organismes vivants. Leur mise sur le marché favorise généralement une baisse des prix et renforce la concurrence, tout en offrant aux patients un accès plus large aux traitements.
Pour MSD, cette échéance constitue un défi stratégique majeur. Le laboratoire travaille déjà à préserver sa position en développant de nouvelles formulations du Keytruda, notamment des versions administrées par voie sous-cutanée, tout en accélérant ses investissements dans la recherche et le développement afin de préparer la relève.
Au-delà du seul cas du Keytruda, cette évolution s’inscrit dans un phénomène beaucoup plus vaste. Les spécialistes parlent de « falaise des brevets » (*patent cliff*), une période durant laquelle plusieurs médicaments parmi les plus rentables au monde verront leur exclusivité commerciale expirer entre 2028 et 2035.
Cette vague d’expirations de brevets devrait transformer durablement le marché pharmaceutique mondial. D’un côté, les systèmes de santé pourraient bénéficier d’une réduction importante des coûts grâce à la concurrence des biosimilaires. De l’autre, les grands groupes pharmaceutiques devront compenser la baisse des revenus de leurs produits phares en accélérant l’innovation, les acquisitions de sociétés de biotechnologie et le développement de nouvelles thérapies.
L’industrie pharmaceutique entre ainsi dans une phase de transition majeure. Si la fin des brevets représente une menace pour les revenus des laboratoires, elle constitue également une opportunité pour améliorer l’accès des patients à des traitements innovants à moindre coût, tout en poussant les acteurs du secteur à renouveler leur portefeuille thérapeutique.
Nouhad Ourebzani
