Alors que le climat s’échauffe et que les incendies de forêt se multiplient aux quatre coins du globe, une étude publiée dans Science Advances sonne comme un avertissement sévère : plus d’un milliard de personnes dans le monde sont chaque année exposées, à l’intérieur même de leur logement, à des niveaux dangereux de particules fines (PM2.5) issues des feux de végétation.
Ces particules, invisibles mais redoutables, pénètrent les habitations, franchissant fenêtres et interstices pour s’y installer durablement. Leur présence silencieuse est loin d’être anodine : elles augmentent significativement les risques de maladies cardiovasculaires, respiratoires, de démence, et contribuent à une mortalité prématurée. Le foyer, jadis perçu comme refuge, devient ainsi une zone d’exposition insidieuse à une pollution que l’on croyait réservée aux grandes métropoles ou aux zones industrielles.
Mais si la menace est globale, la capacité à s’en protéger ne l’est pas. L’étude révèle de profondes disparités entre les pays du Nord, capables d’investir dans des filtres à air, des systèmes de ventilation avancés ou une isolation renforcée, et les régions à faibles revenus, en particulier en Afrique centrale, où la population reste massivement vulnérable. Là, la notion même de « qualité de l’air intérieur » demeure souvent hors de portée, à la fois conceptuellement et matériellement.
Selon les auteurs, maintenir une qualité de l’air intérieur conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé nécessiterait un investissement de plus de 4 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Et rien que pour réduire l’exposition spécifique à la fumée des feux de forêt, la facture s’élèverait à 68 milliards de dollars.
Ce coût colossal pose une question cruciale de justice environnementale. Car si la fumée n’épargne personne, les moyens de s’en prémunir, eux, sont inégalement répartis. Et face à des saisons d’incendies de plus en plus longues et destructrices, dopées par le réchauffement climatique, il devient impératif que les pouvoirs publics, à l’échelle nationale comme internationale, se saisissent du problème.
L’étude appelle à une action concertée pour démocratiser l’accès aux technologies de filtration de l’air, améliorer les infrastructures résidentielles et inscrire la qualité de l’air intérieur dans les politiques de santé publique. Car dans un monde où même l’air que l’on respire chez soi devient une variable socio-économique, garantir à chacun le droit de respirer un air sain ne relève plus du confort, mais de la dignité.
Nouhad Ourebzani
