Arthrose du genou : une embolisation mini-invasive soulage durablement la douleur chez huit patients sur dix

Une intervention radiologique réalisée sans chirurgie lourde pourrait offrir une nouvelle option aux personnes souffrant d’arthrose douloureuse du genou. Selon une étude publiée dans la revue Radiology, l’embolisation des artères géniculées à l’aide de microsphères de gélatine rapidement résorbables a permis de réduire significativement la douleur chez une large majorité de patients, avec des bénéfices encore observés un an après le traitement.

L’arthrose du genou est souvent décrite comme une simple usure du cartilage. Mais la douleur ne dépend pas uniquement de la dégradation de l’articulation. Elle est aussi liée à une inflammation chronique des tissus qui entourent le genou, accompagnée, chez certains patients, du développement anormal de petits vaisseaux sanguins et de fibres nerveuses particulièrement sensibles.

C’est précisément sur ce mécanisme qu’agit l’embolisation des artères géniculées. Réalisée sous anesthésie locale, l’intervention consiste à introduire un cathéter très fin dans une artère, généralement au niveau de l’aine, puis à le guider jusqu’aux petits vaisseaux qui alimentent les zones inflammatoires du genou.

Le radiologue injecte ensuite des particules microscopiques destinées à réduire temporairement l’afflux sanguin dans ces tissus. L’objectif n’est pas de bloquer les principales artères de la jambe, mais de diminuer l’hypervascularisation associée à l’inflammation et à la douleur.

Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé des microsphères de gélatine mesurant entre 100 et 300 micromètres. Leur principale particularité est d’être rapidement absorbées par l’organisme, contrairement à d’autres particules d’embolisation qui restent durablement dans les vaisseaux.

Cette résorption rapide pourrait limiter le risque d’obstruction prolongée des petits vaisseaux tout en conservant l’effet recherché sur l’inflammation.

L’étude a porté sur 194 patients, âgés en moyenne d’environ 69 ans, chez lesquels 239 genoux ont été traités. Tous souffraient de douleurs persistantes depuis au moins trois mois malgré les traitements classiques, notamment les médicaments antalgiques ou anti-inflammatoires, la physiothérapie et, dans certains cas, les infiltrations articulaires.

Les résultats apparaissent particulièrement encourageants. Sur une échelle de douleur allant de zéro à dix, le score médian est passé de 7 avant l’intervention à 3 après douze mois. Autrement dit, l’intensité de la douleur a diminué de plus de moitié chez de nombreux participants.

Un an après l’embolisation, environ 80 % des patients suivis présentaient une amélioration considérée comme cliniquement significative. Il ne s’agissait donc pas seulement d’une légère variation des scores, mais d’un soulagement suffisamment important pour être ressenti dans la vie quotidienne.

Les participants ont également rapporté une amélioration de leur mobilité, de leurs activités habituelles, de leurs symptômes et de leur qualité de vie. Selon les critères évalués, entre 55 % et 80 % d’entre eux ont obtenu un bénéfice jugé significatif après douze mois.

Le traitement s’est par ailleurs révélé globalement bien toléré. Une coloration temporaire de la peau est apparue après 15 interventions, soit un peu plus de 6 % des procédures. Elle a disparu spontanément en moins de 24 heures. Un seul patient a présenté un hématome superficiel au niveau de l’aine, sans complication grave.

Aucun événement indésirable modéré ou sévère n’a été signalé au cours de l’étude.

Cette technique ne guérit toutefois pas l’arthrose et ne permet pas de reconstruire le cartilage endommagé. Son objectif est avant tout de diminuer la douleur et l’inflammation, afin de permettre aux patients de mieux marcher et de retrouver une partie de leurs activités quotidiennes.

Elle pourrait ainsi représenter une solution intermédiaire pour les personnes insuffisamment soulagées par les traitements habituels, mais qui ne souhaitent pas encore subir une intervention chirurgicale ou ne peuvent pas bénéficier d’une prothèse du genou.

Les résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. L’étude a été menée dans un seul centre et ne comportait pas de groupe témoin recevant un traitement simulé ou une autre prise en charge. Il reste donc difficile de déterminer quelle part de l’amélioration est directement due à l’embolisation.

Le suivi à douze mois n’a en outre concerné que 154 des 194 patients initialement inclus. Les chercheurs devront également déterminer si les effets se maintiennent au-delà d’un an et si certains profils de patients répondent mieux que d’autres au traitement.

Des essais randomisés comparant cette intervention à un placebo ou aux traitements actuellement disponibles seront donc nécessaires avant d’envisager sa généralisation.

Malgré ces réserves, l’étude confirme l’intérêt croissant de la radiologie interventionnelle dans la prise en charge de l’arthrose du genou. Entre les médicaments, les infiltrations et la chirurgie, l’embolisation des artères géniculées pourrait progressivement trouver sa place comme option mini-invasive pour soulager les patients confrontés à des douleurs persistantes.

Ouiza Lataman

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