Tétanos : le risque ne disparaît pas avec l’âge

Une épine dans le pied, une coupure en jardinant, une morsure ou une plaie souillée que l’on juge sans importance peuvent, dans certaines circonstances, exposer au tétanos. Une maladie devenue rare grâce à la vaccination, mais qui reste redoutable lorsqu’elle survient, notamment chez les personnes âgées dont la protection vaccinale n’est plus à jour.

Le tétanos reste souvent associé, dans l’imaginaire collectif, à un vieux clou rouillé. La réalité est plus large. Ce n’est ni la rouille ni un virus qui provoquent la maladie, mais une bactérie, Clostridium tetani, dont les spores peuvent être présentes dans la terre, les poussières ou l’environnement.

Il suffit qu’elles pénètrent dans l’organisme à travers une plaie pour qu’un risque apparaisse. Une blessure profonde est particulièrement préoccupante, mais elle n’est pas la seule en cause. Des coupures souillées, des morsures, des brûlures, des lésions comportant des tissus abîmés ou même certaines petites blessures peuvent servir de porte d’entrée.

C’est précisément ce qui rend le tétanos trompeur. La plaie initiale peut paraître banale, parfois au point d’être oubliée. Quelques jours ou plusieurs semaines plus tard peuvent apparaître une raideur musculaire, des difficultés à ouvrir la bouche ou à avaler, puis des contractions musculaires de plus en plus violentes.

L’âge ne met pas à l’abri. Une personne vaccinée dans son enfance peut ne plus disposer, plusieurs décennies plus tard, d’une protection suffisante si les rappels recommandés n’ont pas été effectués. Chez les adultes âgés, le problème est parfois aggravé par l’absence de carnet de vaccination ou par l’impossibilité de se souvenir de la date de la dernière injection.

Les données disponibles montrent également que, lorsque la maladie se déclare, ses conséquences peuvent être particulièrement lourdes chez les patients les plus âgés. Une analyse regroupant plusieurs études portant sur plus de 1 600 adultes atteints de tétanos a retrouvé une mortalité globale proche d’un tiers des cas hospitalisés. L’âge avancé, les formes sévères de la maladie et les complications respiratoires étaient associés à un risque plus important de décès.

Car le danger vient moins de la plaie elle-même que de la toxine produite par la bactérie. Celle-ci s’attaque au système nerveux et provoque des contractions musculaires incontrôlables. Dans les formes sévères, les muscles nécessaires à la respiration peuvent être atteints. Le cœur et la pression artérielle peuvent également devenir difficiles à contrôler.

C’est à ce stade que le retard de prise en charge devient particulièrement dangereux. Les traitements permettent notamment de neutraliser la toxine qui circule encore dans l’organisme, mais ils ne peuvent pas annuler les effets de celle qui s’est déjà fixée sur le système nerveux. Plus la maladie est installée, plus la prise en charge devient lourde et peut nécessiter une hospitalisation prolongée, voire une assistance respiratoire en réanimation.

Des études menées chez des patients hospitalisés pour tétanos montrent ainsi que les formes graves peuvent nécessiter plusieurs semaines de ventilation mécanique. D’autres travaux ont observé une nette baisse de la mortalité lorsque les malades bénéficient d’une prise en charge intensive capable de contrôler les spasmes, les troubles respiratoires et les complications cardiovasculaires.

Le véritable enjeu se situe donc souvent bien avant l’apparition des premiers symptômes. Après une plaie potentiellement contaminée, il faut d’abord la nettoyer soigneusement, mais aussi vérifier sa vaccination. Selon la nature de la blessure et le délai écoulé depuis le dernier rappel, une nouvelle dose de vaccin peut être nécessaire. Pour certaines plaies à risque chez une personne insuffisamment vaccinée ou dont le statut vaccinal est inconnu, les médecins peuvent également décider d’administrer des immunoglobulines antitétaniques.

Cela ne signifie pas qu’il faut courir aux urgences pour la moindre égratignure. Mais une plaie profonde, sale, provoquée par un objet ayant été en contact avec la terre, une morsure ou une blessure importante mérite davantage d’attention, surtout lorsque l’on ne sait plus quand remonte le dernier rappel.

Le message concerne particulièrement les personnes de 60, 70 ans ou davantage. Beaucoup ont été vaccinées plusieurs décennies auparavant et peuvent penser que cette protection demeure automatiquement acquise. Ce n’est pas toujours le cas.

Le tétanos est aujourd’hui rare dans les pays où la vaccination est largement disponible, mais cette rareté peut justement conduire à le sous-estimer. Or il reste une maladie potentiellement mortelle, alors qu’une grande partie du risque peut être évitée par une vaccination à jour et une prise en charge correcte des plaies.

Une petite blessure n’annonce presque jamais un tétanos. Mais lorsqu’elle survient chez une personne mal protégée, la banaliser peut transformer un accident ordinaire en une maladie dont le traitement devient, lui, beaucoup plus compliqué.

Ouiza Lataman

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