Une protéine naturelle ouvre une nouvelle piste contre la mort des neurones dans Alzheimer

Une équipe de chercheurs américains vient de mettre en lumière une approche inattendue pour freiner la dégénérescence neuronale associée à la maladie d’Alzheimer : l’utilisation d’une protéine naturellement produite par l’organisme, déjà connue en médecine depuis plus de trente ans. Publiés dans Cell Reports Medicine ces travaux suggèrent qu’il serait possible de ralentir, voire d’infléchir, la trajectoire biologique qui mène à la perte progressive des neurones.

Les scientifiques ont d’abord établi une cartographie inédite de la mort neuronale au cours de la vie humaine. En analysant des biomarqueurs sanguins chez des milliers de personnes, de l’enfance jusqu’à 85 ans, ils montrent que certains indicateurs clés — notamment UCH-L1, libérée par les neurones mourants, et NfL, marqueur des lésions axonales — augmentent de manière exponentielle avec l’âge. Cette progression est plus marquée chez les femmes, ce qui pourrait contribuer à expliquer leur risque plus élevé de développer Alzheimer. Un autre marqueur, GFAP, reflet de l’inflammation cérébrale, s’élève nettement dès la quarantaine, suggérant que le vieillissement du cerveau est intimement lié à une inflammation chronique de bas grade.

Ces données dessinent un tableau nouveau : la mort neuronale ne commence pas brutalement au stade clinique de la maladie, mais s’inscrit dans une trajectoire biologique continue, qui s’accélère au fil des décennies. C’est dans ce contexte que les chercheurs ont testé le sargramostim, une forme synthétique du GM-CSF, une protéine naturellement produite par le corps humain et utilisée depuis longtemps en oncologie pour stimuler le système immunitaire.

Dans un premier essai clinique contrôlé mené chez des patients atteints d’Alzheimer léger à modéré, une administration de sargramostim pendant trois semaines a produit des effets remarquables. Les niveaux sanguins de UCH-L1 ont chuté d’environ 40 %, atteignant des valeurs comparables à celles observées chez de très jeunes enfants, signe d’un ralentissement de la mort neuronale. Parallèlement, les participants traités ont montré une amélioration mesurable de leurs performances cognitives par rapport au groupe placebo. Certains bénéfices cognitifs persistaient même plusieurs semaines après l’arrêt du traitement, bien que les biomarqueurs finissent par remonter, laissant penser qu’un traitement prolongé ou répété pourrait être nécessaire.

Le mécanisme d’action serait lié à une modulation fine de l’immunité et de l’inflammation cérébrale. Le GM-CSF stimule certaines cellules immunitaires, y compris dans le cerveau, et pourrait rééquilibrer des processus inflammatoires qui, avec l’âge, deviennent délétères pour les neurones. Chez l’animal, cette protéine avait déjà montré sa capacité à inverser rapidement des déficits cognitifs et à réduire la perte neuronale.

Les auteurs restent toutefois prudents. Les résultats, bien que prometteurs, sont encore préliminaires et doivent être confirmés par des essais cliniques plus larges et de plus longue durée. Rien ne permet pour l’instant d’affirmer que cette approche puisse modifier durablement l’évolution de la maladie. En l’absence d’autorisation réglementaire spécifique, le sargramostim ne doit pas être utilisé en dehors d’études cliniques pour traiter Alzheimer.

Au-delà de cette pathologie, ces travaux esquissent une perspective plus large : le vieillissement cérébral pourrait être, au moins en partie, modulable. En ciblant les mécanismes immunitaires et inflammatoires qui accompagnent l’âge, il deviendrait peut-être possible de ralentir le déclin neuronal qui touche l’ensemble de la population vieillissante. Une lueur d’espoir, encore fragile, mais qui renouvelle en profondeur la manière de penser la lutte contre les maladies neurodégénératives.

Nouhad Ourebzani

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